Prière du matin
Le matin, Seigneur, nous apprend à voir les choses avec ta lumière ; il ne suffit pas d’ouvrir les yeux, de secouer le sommeil, de se mettre à travailler. Il ne suffit pas de retrouver le rythme des choses, qui au fond de nous est monotone et sans goût. Il faut recevoir ta lumière ; il faut sentir ta main sur le monde et ton souffle sur tous les êtres. Il faut te voir, Seigneur, recréant, renouvelant le monde entier et le cœur de chaque homme. Nous te demandons, Seigneur, l’intelligence, la lumière, la sagesse, l’esprit de discernement ; une crainte sacrée pour ne pas t’enfermer dans nos schémas, pour ne pas te soumettre à notre intelligence, toi, l’Incommensurable. Nous te demandons, Seigneur, ton vin nouveau, qui fait éclater les vieilles outres de notre impuissance.
Livre de la Genèse 27,1-5.15-29.
Isaac était devenu vieux, ses yeux avaient faibli et il n'y voyait plus. Il appela Ésaü son fils aîné : « Mon fils ! » Celui-ci répondit : « Me voici. »
Isaac reprit : « Tu vois : je suis devenu vieux, mais je ne sais pas le jour de ma mort.
Prends donc tes armes, ton carquois et ton arc, sors dans la campagne et tue-moi du gibier.
Prépare-moi un des plats que j'aime et apporte-le-moi pour que je mange, et que je te bénisse avant de mourir. »
Pendant qu'Isaac parlait ainsi à son fils Ésaü, Rébecca écoutait. Ésaü alla donc dans la campagne chasser du gibier pour son père.
Rébecca prit les meilleurs habits d'Ésaü, son fils aîné, ceux qu'elle gardait à la maison ; elle en revêtît Jacob, son fils cadet.
Puis, avec des peaux de chevreau, elle lui couvrit les mains et le cou.
Elle lui remit ensuite le plat et le pain qu'elle avait préparés.
Jacob entra chez son père et lui dit : « Mon père ! » Celui-ci répondit : « Me voici. Qui es-tu, mon fils ? »
Jacob dit à son père : « Je suis Ésaü, ton premier-né ; j'ai fait ce que tu m'as dit. Viens donc t'asseoir, mange de mon gibier, et tu me béniras. »
Isaac lui dit : « Comme tu as trouvé vite, mon fils ! » Jacob répondit : « C'est que le Seigneur, ton Dieu, a favorisé ma chasse. »
Isaac lui dit : « Approche donc, mon fils, que je te palpe, pour savoir si tu es bien mon fils Ésaü ! »
Jacob s'approcha de son père. Celui-ci le palpa et dit : « La voix est celle de Jacob, mais les mains sont celles d'Ésaü. »
Il ne reconnut pas Jacob car ses mains étaient velues comme celles de son frère Ésaü, et il le bénit.
Il dit encore : « C'est bien toi mon fils Ésaü ? » Jacob répondit : « C'est bien moi. »
Isaac reprit : « Apporte-moi le gibier, mon fils, je le mangerai et je te bénirai. » Jacob le servit, et il mangea. Jacob lui présenta du vin, et il but.
Isaac dit alors : « Viens m'embrasser, mon fils. »
Comme Jacob venait l'embrasser, Isaac respira l'odeur de ses vêtements, et il le bénit en disant : « Voici que l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ que le Seigneur a béni.
Que Dieu te donne la rosée du ciel et la fertilité de la terre, froment et vin en abondance !
Que les nations te servent, que les peuples se prosternent devant toi. Sois un chef pour tes frères, que les fils de ta mère se prosternent devant toi. Maudit soit qui te maudira, béni soit qui te bénira ! »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Psaume 134 (135), 1-2, 3-4, 5-6
Louez le Seigneur, céblébrez sa bonté.
Louez le nom du Seigneur,
louez-le, serviteurs du Seigneur
qui veillez dans la maison du Seigneur,
dans les parvis de la maison de notre Dieu.
Louez la bonté du Seigneur,
célébrez la douceur de son nom.
C'est Jacob que le Seigneur a choisi,
Israël dont il a fait son bien.
Je le sais, le Seigneur est grand :
notre Maître est plus grand que tous les dieux.
Tout ce que veut le Seigneur, il le fait
au ciel et sur la terre, dans les mers et jusqu'au fond des abîmes.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 9,14-17.
Les disciples de Jean Baptiste s'approchent de Jésus en disant : « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, alors que nous et les pharisiens nous jeûnons ? »
Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc faire pénitence pendant le temps où l'Époux est avec eux ? Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront.
Et personne ne coud une pièce d'étoffe neuve sur un vieux vêtement ; car le morceau ajouté tire sur le vêtement et le déchire davantage.
Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement les outres éclatent, le vin se répand, et les outres sont perdues. Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et le tout se conserve. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
La nouveauté de Jésus — aussi bien dans ses paroles que dans ses gestes — ne tient pas dans les vieux moules de l’Ancien Testament. Lorsque le Christ paraît, la Vérité, la Sagesse, la Vie apparaissent. Il est l’époux qu’Israël attend. Il est le Messie.
La venue du Christ est comparée au vin, symbole de l’allégresse messianique. Jésus, à Cana, offre le meilleur vin dont l’origine est inconnue, parce que Dieu seul le donne, à son heure, en son temps. Jésus est ce vin qui réjouit le cœur de l’Église ; il est celui qui donne le vin du salut ; il est le don de Dieu aux hommes.
Pour comprendre Jésus, ou plutôt, pour le recevoir, ce qui est vieux ne suffit pas. Il faut naître à nouveau, de l’eau et de l’Esprit (Jean 3.5). La loi de Moïse ne suffit pas : il faut recevoir les béatitudes. Le jeûne ne suffit pas : il faut la pauvreté du cœur, c’est-à-dire l’attitude spirituelle qui nous dispose à recevoir chaque chose de Dieu. Le Christ n’est pas le résultat de notre œuvre, mais le cadeau du Père ; il n’est pas le fruit de notre recherche, mais la splendeur de Dieu qui brille gratuitement sur la scène humaine. La nouvelle création a commencé.
Saint Jean de la Croix (1542-1591), carme, docteur de l'Église
La Vive Flamme d'amour , str. 3, 6 (trad. OC, Cerf 1990, p. 1133 rev.)
« L'Epoux est avec eux »
Une personne qui en aime une autre et qui lui fait du bien, l'aime et lui fait du bien selon ses qualités, selon ses propriétés personnelles. Ainsi agit ton Époux résidant en toi en tant que tout-puissant : il t'aime et te fait du bien selon sa toute-puissance.
Infiniment sage, il t'aime et te fait du bien selon l'étendue de sa sagesse. Infiniment bon, il t'aime et te fait du bien selon l'étendue de sa bonté. Infiniment saint, il t'aime et te fait du bien selon l'étendue de sa sainteté. Infiniment juste, il t'aime et t'accorde ses grâces selon l'étendue de sa justice. Infiniment miséricordieux, clément et compatissant, il te fait éprouver sa clémence et sa compassion. Fort, délicat, sublime en son être, il t'aime d'une manière forte, délicate et sublime. Infiniment pur, il t'aime selon l'étendue de sa pureté. Souverainement vrai, il t'aime selon l'étendue de sa vérité. Infiniment généreux, il t'aime et te comble de grâces selon l'étendue de sa générosité, sans aucun intérêt propre et dans la seule vue de te faire du bien. Souverainement humble, il t'aime avec une souveraine humilité et avec une souveraine estime.
Il t'élève jusqu'à lui, il se découvre à toi joyeusement et avec un visage plein de grâce dans cette voie des connaissances qu'il te donne. Et tu l'entends te dire : « Je suis à toi et pour toi ; je me réjouis d'être ce que je suis, afin de me donner à toi et d'être à toi à jamais ». Qui pourra exprimer ce que tu éprouves, ô âme bienheureuse, en te voyant aimée à ce point, en te voyant tenue par ton Dieu en une estime pareille?
Homélie Messe
« Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l'Époux est avec eux ? Tant qu'ils ont l'Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. » A plusieurs reprises, l’Ancien Testament présente Dieu comme l’époux d’Israël, généralement dans des promesses à venir. Dans Isaïe nous lisons ces paroles : « Ton créateur est ton époux, Yavhé Sabbaot est son nom, le Saint d’Israël est ton rédempteur, on l’appelle le Dieu de toute la terre. » (Is 54 , 5)
Avec la venue dans notre chair du Verbe de Dieu, ces Noces tant attendues entre Dieu et son peuple se sont enfin réalisées, étendues même jusqu’à l’humanité tout entière. Pour mieux faire comprendre aux Pharisiens la grandeur de ces Noces, Jésus va développer deux métaphores. Tout d’abord, celle du vieux vêtement, que l’on ne peut rapiécer avec un bout de tissu neuf sous peine de le voir se déchirer davantage. Ensuite, celle du vin nouveau que l’on ne peut mettre dans de vieilles outres sous peine de les voir éclater. Qu’est-ce à dire ? En fait, Jésus utilise ces images pour nous faire comprendre que la nouveauté que lui, l’Epoux, est venu apporter ne peut être comparée à un bout de tissu neuf venant se greffer sur une humanité déchirée par le péché, ni à du vin nouveau introduit dans les vieilles outres d’une humanité fragilisée par ses égarements loin de son Dieu. C’est bien plus que cela.
En Jésus-Christ, la grâce de Dieu n’est pas venue recoller des morceaux cassés. Elle est venue tout changer. Sa puissance est telle qu’il ne pouvait en être autrement. Voilà le véritable sens du salut : être totalement transformé, renouvelé, recréé à l’image et la ressemblance de Dieu. Voilà le fruit des Noces de l’Agneau de Dieu avec l’humanité, avec tout homme. Désormais unis au Fils de Dieu, nous sommes devenus enfants du Père céleste et nous communions à la vie divine trinitaire.
Ce renouvellement de notre humanité est tel qu’il nous devient impossible de trouver un quelconque compromis avec cette radicale nouveauté. L’accueillir c’est accepter que disparaisse en nous tout ce qui relève du vieil homme pour faire place à la nouveauté du salut apporté par Jésus Christ.
Il s’agit d’un véritable combat au cœur duquel, pour demeurer forts, nous pouvons puiser à la grâce de notre baptême qui a précisément fait de nous des créatures nouvelles, totalement renouvelées dans la mort et la résurrection de notre Seigneur. Depuis ce jour-là quelque chose de radicalement nouveau s’est opéré dans notre être. Un homme nouveau est venu à la vie avec des désirs qui le stimulent en vu de Celui qui est le Bien, la Vérité et la Vie.
« Seigneur, ce don de notre baptême, nous l’actualisons à chaque Eucharistie. Aujourd’hui encore, tu viens à la rencontre de nos jeûnes qui expriment notre désir de te voir revenir au milieu de nous. Par ton Corps et ton Sang, tu viens rassasier en nous la faim et la soif de ta présence et nous donner la force d’attendre ta venue définitive. Béni es-tu ! »
Frère Elie
http://www.homelies.fr/homelie,ferie,2468.html
Prière du soir
Viens compléter, Seigneur, l’œuvre que tu as commencée depuis l’aurore. Restaure nos forces perdues, notre amour affaibli, notre fidélité blessée. Recule, Seigneur, les frontières que le vieillard oppose à la mort. Brise les outres de notre vieil homme si terrestre, pour que naisse un homme nouveau, Jésus Christ, en chaque être baptisé. Fais de cette nuit, ô Père, un signe de notre ancienne condition de pécheurs qui doit être anéantie, pour que demain, la lumière du jour nous réjouisse par le triomphe de Jésus Christ, ton Fils, sur le péché et sur la mort.