Prière du matin
Mon regard se porte vers toi, Seigneur. Ouvre mes yeux tout grands aux beautés et aux richesses de ton amour. Que jamais je ne me lasse d'admirer les merveilles de ta création ! Que tout me conduise vers toi, Père de tendresse et de miséricorde. J'aimerais accueillir les événements de cette journée comme autant de grâces qui me fraient un chemin dans l'intimité de ton Coeur. Tu sais mon inconstance et combien il m'est facile d'oublier les exigences de ton Évangile. Je suis plus prompt à me rebeller qu'à pardonner, à me plaindre des outrages qu'à courber mon orgueil, à me centrer sur mes problèmes qu'à me pencher sur les misères des autres. Aide-moi à accepter ce que cet aujourd'hui me réserve.
Livre d'Ezéchiel 2,2-5. [1]
L'esprit vint en moi, il me fit mettre debout, et j'entendis le Seigneur qui me parlait ainsi :
« Fils d'homme, je t'envoie vers les fils d'Israël, vers ce peuple de rebelles qui s'est révolté contre moi. Jusqu'à ce jour, eux et leurs pères se sont soulevés contre moi,
et les fils ont le visage dur, et le coeur obstiné. C'est à eux que je t'envoie, et tu leur diras : 'Ainsi parle le Seigneur Dieu. . . '
Alors, qu'ils écoutent ou qu'ils s'y refusent - car c'est une engeance de rebelles -, ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux. "
[2]
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
[1] Ezéchiel : fils de Buzi, le prophète Ezéchiel appartient à une famille sacerdotale. Il était prêtre à Jérusalem. Sa carrière prophétique se déroule de 592 aux environs de 570, auprès des exilés en terre babylonienne. Elle comprend deux parties très nettes, séparées par la prise de Babylone en 586. Certains auteurs toutefois pensent que la première période de son ministère se serait déroulée à Jérusalem.
[2] Ezéchiel, prêtre au temple de Jérusalem, fait partie du premier convoi de déportés, en 597. Pendant dix années, à Babylone, au milieu des exilés, il tient le même langage que le prophète Jérémie qui est resté à Jérusalem. Il parle au nom du Seigneur et reproche au peuple de Dieu, dans les premiers chapitres, et ensuite aux nations, leur mauvaise conduite. Dans le premier chapitre, il nous livre son expérience de la gloire de Dieu décrite dans une vision ; dans notre texte est présenté son envoi en mission. C'est Dieu qui est le maître, qui a l'initiative ; à deux reprises il déclare : « Je t'envoie. » Si le Seigneur parle, c'est pour confier à son prophète la mission de parler, de proclamer ses paroles au peuple : « Tu leur diras. » La mission du prophète est de parler au nom du Seigneur, de redire la parole sur le moment présent ; c'est le sens de la formule : « Ainsi parle le Seigneur Dieu. » Le motif de l'envoi par Dieu du prophète est le comportement du peuple. Par deux fois il est appelé « peuple de rebelles. » La racine du mal, c'est que le peuple ne veut pas écouter le Seigneur. Cependant, « qu'ils écoutent ou qu'ils n'écoutent pas, ils sauront qu'il y a un prophète au milieu d'eux. » Ezéchiel apparaît ici comme passif, il ne réagit pas, n'oppose aucune résistance ; à l'inverse du peuple, il écoute, il est docile. Il est prêt pour sa mission : annoncer le jugement du Seigneur au peuple. La mission est dure, mais il n'est pas seul, il est un envoyé.
Psaume 122, 1-4
Nos yeux levés vers toi, Seigneur, espèrent ta pitié.
Vers toi j'ai les yeux levés,
vers toi qui es au ciel.
Comme les yeux de l'esclave
vers la main de son maître,
comme les yeux de la servante
vers la main de sa maîtresse,
nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu,
attendent sa pitié.
Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous :
notre âme est rassasiée de mépris.
C'en est trop, nous sommes rassasiés
du rire des satisfaits, du mépris des orgueilleux !
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Deuxième lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 12,7-10. [1]
Frères, les révélations que j'ai reçues sont tellement exceptionnelles que, pour m'empêcher de me surestimer, j'ai dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour m'empêcher de me surestimer.
Par trois fois, j'ai prié le Seigneur de l'écarter de moi.
Mais il m'a déclaré : « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Je n'hésiterai donc pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi.
C'est pourquoi j'accepte de grand coeur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
[1] La deuxième lettre de saint Paul aux Corinthiens est révélation de la vie intérieure de l'Apôtre, de ses crises et de leur dénouement dans le Christ. Saint Paul parle d'abord de « révélations exceptionnelles qu'il a recues »,ils les distingue soigneusement de l'événement de Damas qui demeure pour lui la rencontre avec le Christ ressuscité. Il s'agit sans doute ici d'expériences mystiques. Mais « l'écharde dans la chair » l'empêche de se surestimer. Cette écharde dans la chair peut désigner soit une maladie physique, soit l'angoisse persistante de l'apôtre sur le sort du peuple juif. Ce qui est indéniable, c'est que « les soufflets de l'ange » ont été un handicap sérieux pour le travail missionnaire de l'Apôtre. C'est pour cette raison qu'à trois reprises Paul a demandé au Christ de l'en délivrer. Ces trois prières ne sont pas sans nous rappeler les trois supplications de Jésus au moment de son agonie à Gethsémani. La réponse apparemment négative est d'une grande force : « Ma grâce te suffit, ma puissance se déploie dans la faiblesse. » Dans les lettres de saint Paul la grâce qu'il a reçue d'annoncer l'Evangile aux païens. Et il annonce le Christ en étant configuré à lui. Comment ne pas voir dans cet homme fatigué, faible, critiqué par ses amis, le visage du Crucifié. Le Seigneur ne veut pas le délivrer de cette configuration avec lui. Au contraire, c'est à travers les faiblesses de Paul que le Seigneur ressuscité manifeste sa Vie, sa Puissance.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 6,1-6.
Jésus est parti pour son pays, et ses disciples le suivent. Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Les nombreux auditeurs, frappés d'étonnement disaient : « D'où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N'est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous
?[1] » Et ils étaient profondément choqués à cause de lui
[2].
Jésus leur disait : « Un prophète n'est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison
[3]. » Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle
[4] ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains. Il s'étonna de leur manque de foi
[5]. Alors il parcourait les villages d'alentour en enseignant
[6].
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
[1] C'est assez l'habitude d'avoir peu de considération pour ce que l'on voit tous les jours, et au contraire d'estimer ce que l'on voit de loin (saint Cyrille d’Alexandrie).
L'envie est fréquente entre habitants d'un même pays. On se souvient de l'enfance de celui que l'on juge, comme si on n'avait pas passé soi-même par cet âge (saint Jérôme : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu, XIII 57).
L'envie entre donc dans le cœur et les met en opposition avec le Christ (saint Jean Chrysostome : homélie XLIX sur l’évangile selon saint Matthieu).
Il avaient admiré sa sagesse, ses œuvres, sa parole ; mais ils ont connu ses parents, et cette proximité les empêche de reconnaître sa divinité. Un épais nuage devant le soleil, la nuit elle-même n'amènent pas autant de ténèbres dans le ciel que l'envie dans une âme (saint Pierre Chrysologue : sermon XLVIII).
[2] Elle n'avait pas été jugée indigne de recevoir le Fils de Dieu descendant sur terre et par cette passion de l'envie elle se rend indigne des œuvres de celui qui était l'un de ses enfants. Afin que l'on ne se regarde pas comme obligé de se défaire de l'amour de son pays, il montre le vrai motif pour lequel il n'a pas accompli de miracles dans son pays. Celui qui aimait tous les hommes ne pouvait pas ne pas aimer ses concitoyens ; mais leur envie fit obstacle à son amour (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc IV 45).
Insensés qui chassent celui qui leur apportait le salut ! J.-C., qui a enseigné à ses Apôtres par son exemple à se faire tout à tous, ne repousse aucun de ceux qui ont bonne volonté, mais il ne s'empare de personne malgré lui ; il ne résiste point à ceux qui le chassent, et il ne fait jamais défaut à ceux qui l'appellent (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc IV 49).
[3] Ils étaient insensés de ne pas comprendre que s'il était réellement le fils de Joseph, la bassesse de son extraction ne faisait que le relever davantage et relever la grâce qui était en lui (saint Jean Chrysostome : homélie XLIX sur l’évangile selon saint Matthieu).
[4] L'objection que faisaient les Juifs ce jour-là, prouve que Jésus-Christ s'élevait au-dessus des conditions de la nature humaine, et était vraiment le Dieu annoncé par les Prophètes. En effet, l'illustration de la naissance, le rang familial, la faculté des parents riches de faire donner à leurs enfants une éducation brillante, une patrie illustre, servent beaucoup à la grandeur d'un homme. Mais celui qui, dans des conditions défavorables, peut percer malgré tous les obstacles, remplir la terre du bruit de son nom, et qui arrive à ce résultat par lui-même, par ses œuvres, et avec une entière certitude, celui-là ne mérite-t-il pas l'admiration ? Comment cet homme élevé dans la pauvreté, en dehors des études où l'on apprend la science de persuader, a-t-il osé promulguer de nouveaux dogmes, imposer à tout le genre humain une doctrine qui, tout en gardant les prophéties, détruisait les rites juifs, et surtout la religion des Grecs ? Comment cet homme sans aucune préparation a-t-il pu révéler sur le jugement de Dieu, sur le châtiment du vice et la récompense de la vertu, une doctrine propre à gagner non seulement les simples, mais encore beaucoup d'intelligences élevées ? Jésus à qui on fait honte de la pauvreté de sa mère, a remué le monde par son nom plus qu'aucun autre. Parmi les grands, il en est peu qui le soient par plusieurs côtés à la fois ; l'un est célèbre par sa sagesse, l'autre par ses vertus militaires ou par d'autres qualités. Jésus s'est rendu admirable par sa sagesse, ses miracles, et par l'autorité de son commandement. Il s'est fait des adhérents, non comme un tyran qui s'impose, ni comme un chef de voleurs qui arme ses compagnons contre d'autres hommes, ni comme un riche qui gagne les cœurs par ses largesses : il s'est montré le vrai docteur, enseignant aux hommes ce qu'ils doivent penser de Dieu, quel culte ils sont tenus de lui rendre, et quelle morale ils doivent pratiquer pour se rapprocher de lui (Origène : Contre Celse, I 29 & 30).
[5] Non que cette incrédulité n’eut pas été prévue par celui qui sait tout, mais il voulait montrer par son attitude ce qu’il y avait d’étrange dans cette incrédulité des Juifs qui n’ont pas voulu croire en leurs prophètes leur parlant Christ, ni au Christ né au milieu d’eux et réalisant ce qu’avaient annoncé les prophètes (saint Bède le Vénérable).
[6] C'était un homme qui apparaissait d'humble condition aux Juifs sans intelligence ; or maintenant c'est un Dieu véritable qui nous est prêché (...) Maintenant les rois et les princes l'adorent comme le Fils de Dieu, vrai Dieu lui-même, qui a glorifié et glorifie ceux qui l'adorent en esprit et en vérité, même s'il les corrige souvent quand ils pèchent. Eux qui étaient d'argile, il les rend de fer, les place au-dessus de toutes les nations qui sont sous le ciel. Il était tenu pour un homme corruptible et mortel parmi tous les autres. Dieu sans forme et invisible, il a reçu, sans subir d'altération ni de changement, une forme dans un corps humain et s'est montré totalement homme, en n'offrant aux regards rien de plus que les autres hommes. Mais il a mangé, bu, dormi, transpiré et s'est fatigué ; il a fait tout ce que font les hommes, excepté le péché. Ainsi, celui qui actuellement écoute chaque jour Jésus proclamer et annoncer par les saints évangiles la volonté de son Père béni, sans lui obéir avec crainte et tremblement et sans garder ses commandements, n'aurait pas plus accepté alors de croire en lui, absolument pas, même s'il avait été présent, s'il l'avait vu lui-même et entendu prêcher. il est même à craindre que, dans sa totale incrédulité, il l’aurait regardé comme un ennemi de Dieu, non comme le vrai Dieu, et l’aurait blasphémé (Syméon le Nouveau Théologien : Catéchèses, XXIX).
Syméon le Nouveau Théologien, aristocrate né en 949 à Galate, fut, à Constantinople, sénateur et chambellan, puis moine de Stotidios (977) et de Saint-Mamas. Prêtre (980), higoumène (981), il réforme le monastère dont les moines se révoltent (995-998). Les choses étant rentrées dans l’ordre, Syméon, contesté par le patriarche, démissionne (1005). Exilé par le patriarche Serge dans la région de Scutari où il mourut (1022), il y écrivit une grande partie de son œuvre.
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Saint Syméon le Nouveau Théologien (v. 949-1022), moine grec
Catéchèses, n°29 (trad. Delhougne, Les Pères commentent, p. 264 rev. ; cf SC 113, p. 165s )
Croire en Jésus aujourd'hui
Beaucoup ne cessent de dire : « Si nous avions vécu au temps des apôtres, et si nous avions été jugés dignes de voir le Christ comme eux, nous serions aussi devenus des saints comme eux ». Ils ignorent qu'il est le même, lui qui parle, maintenant comme alors, dans tout l'univers... La situation actuelle n'est sûrement pas la même que celle d'alors, mais c'est la situation d'aujourd'hui, de maintenant, qui est beaucoup plus heureuse. Elle nous conduit plus facilement à une foi et une conviction plus profondes que le fait de l'avoir vu et entendu alors physiquement.
Alors, en effet, c'était un homme qui apparaissait à ceux qui étaient sans intelligence, un homme d'humble condition ; mais maintenant c'est un Dieu qui nous est prêché, un Dieu véritable. Alors, il fréquentait physiquement les publicains et les pécheurs et mangeait avec eux ; mais maintenant il est assis à la droite de Dieu le Père, n'ayant jamais été séparé de lui en aucune manière... Alors, même les gens de rien le méprisaient en disant : « N'est-il pas le fils de Marie et de Joseph le charpentier ? » (Mc 6,3; Jn 6,42) Mais maintenant les rois et les princes l'adorent comme le Fils du vrai Dieu, et vrai Dieu lui-même... Alors, il était tenu pour un homme périssable et mortel parmi tous les autres. Lui qui est Dieu sans forme et invisible a reçu, sans altération ni changement, une forme dans un corps humain ; il s'est montré totalement homme, sans offrir au regard rien de plus que les autres hommes. Il a mangé, bu, dormi, transpiré et s'est fatigué ; il a fait tout ce que font les hommes, excepté le péché.
C'était une grande chose de reconnaître et de croire qu'un homme pareil était Dieu, celui qui a fait le ciel, la terre et tout ce qu'ils contiennent... Ainsi, celui qui actuellement écoute chaque jour Jésus proclamer et annoncer par les saints évangiles la volonté de son Père béni, sans lui obéir avec crainte et tremblement et sans garder ses commandements, n'aurait pas plus accepté alors de croire en lui.
Homélie Messe
La liturgie de ce jour se construit autour des difficultés éprouvées par le prophète dans son ministère de prédicateur. Rien ne garantit qu’il sera écouté, bien au contraire : le Seigneur l’avertit ouvertement des difficultés qui l’attendent, car le peuple auquel il est envoyé est « rebelle, ses fils ont le visage dur et le cœur obstiné » (1ère lect.). Mais « qu’ils écoutent ou qu’ils s’y refusent », l’important est « qu’ils sachent qu’il y a un prophète au milieu d’eux » (Ibid.). L’Evangile illustre parfaitement ce thème.
Jésus rentre chez lui à Nazareth, sans doute pour y retrouver les siens et prendre un peu de repos en famille. Mais une cruelle déception l’attend dans son village. Quel contraste avec les foules qui le suivaient, le pressant de toute part, sur le chemin conduisant à la maison de Jaïre ! Les nazaréens sont certes nombreux à venir écouter son enseignement dans la synagogue, mais leur cœur est fermé ; ils ne dépassent pas le stade d’un étonnement sceptique et critique, qui se transforme bientôt en hostilité et rejet. L’obstacle qui empêche les habitants de Nazareth de s’ouvrir au mystère du Royaume que Jésus rend présent au milieu d’eux, consiste paradoxalement dans le fait qu’ils le connaissent - ou du moins croient le connaître.
A la foi de la femme hémorroïsse, qui « touche » Jésus et obtient la guérison, s’oppose une connaissance selon la chair, qui empêche d’accéder au mystère du Christ. Certes les concitoyens de Jésus reconnaissent sa sagesse et sont bien obligés de constater qu’il opère de « grands miracles ». Mais ils refusent d’envisager que le Très-Haut puisse s’abaisser à agir à travers « le charpentier » de leur village, qui a grandi au milieu d’eux, au sein d’une famille qu’ils côtoient journellement. Aussi se posent-ils avec inquiétude la question de la provenance des dons extraordinaires qu’il déploie - laissant par le fait même supposer qu’ils pourraient bien être d’origine diabolique.
En raison de leur attitude, les nazaréens deviendront paradoxalement dans l’évangile de Marc, le modèle des incroyants, de ceux qui « regardent et ne voient pas, entendent et ne comprennent pas » (Mc 4,12), et du fond de leur aveuglement, manifestent leur hostilité : « ils étaient profondément choqués à cause de lui ». Après avoir évoqué les païens qui reconnaissent la puissance de Dieu à l’œuvre en Jésus ; les chefs religieux, jaloux de son prestige, et cherchant à le faire mourir ; l’évangéliste introduit ici un troisième groupe de personnages : ceux qui se scandalisent et se détournent du Seigneur malgré sa « sagesse » et les « grands miracles s’accomplissant par ses mains ».
Scandale de hier, d’aujourd’hui et de toujours : comment la puissance de Dieu se manifesterait-elle dans le fils d’un humble charpentier ? Penser cela n’est-il pas déjà un blasphème, un outrage à la grandeur et la majesté divines ? Le scandale sera à son comble lorsque nous prétendrons que ce Dieu-fait-homme sauve le monde en mourant sur une croix. On est en droit de se demander si une des raisons majeures de la défection de tant de nos contemporains, abandonnant la foi de leur enfance, n’est pas à chercher précisément dans ce scandale : qui peut croire à l’aube du troisième millénaire que Dieu puisse s’abaisser jusqu’à partager notre condition humaine, et pour une destinée aussi misérable ?
Nous aurions pu espérer que la victoire du Ressuscité vienne transfigurer la condition des Messagers de la Bonne Nouvelle ; or il n’en est rien : la seconde lecture nous rappelle que l’Envoyé a à combattre non seulement contre des ennemis extérieurs, mais aussi contre des ennemis intérieurs tout aussi redoutables ! Paul a beau supplier le Seigneur de le délivrer de cette mystérieuse « écharde dans sa chair » : rien n’y fait. Il semble même que cette pauvreté fasse partie de la condition du prophète : il est indispensable qu’il paraisse faible devant ses interlocuteurs, afin qu’il soit clair aux yeux de tous que la puissance qui se déploie à travers lui, ne vient pas de son propre fond, mais de Dieu (cf. 2 Co 4, 7). Bien plus : c’est même dans la mesure où il accepte de se vider de lui-même en consentant aux « insultes, persécutions, situations angoissantes », que le prophète permet à « la puissance du Christ d’habiter en lui » et d’accomplir à travers lui ses œuvres.
L’image du messager qui ressort des lectures de ce jour est celle d’un homme purifié au creuset des épreuves - extérieure et intérieure - qui s’en remet totalement entre les mains de Dieu, gardant « les yeux levés vers le Seigneur son Dieu, comme les yeux de l’esclave vers la main de son Maître » (Ps 122). La raison pour laquelle il y a si peu de prophètes de nos jours, ne serait-elle pas que l’humilité est morte ? Comment, à l’heure de la divinisation de l’humanité, une telle conception de la relation entre l’homme et Dieu pourrait-elle être reçue ? « Pauvres chrétiens, ironisent nos contemporains, croyez-vous vraiment que vos appels à la repentance ont une chance d’être entendus ? » Nous répondrons simplement avec les paroles de bon sens de Sainte Bernadette, s’adressant à son curé qui refusait de donner foi à ses propos : « Je ne suis pas chargé de vous le faire croire, mais de vous le dire ! » Et nous poursuivrons paisiblement l’œuvre d’évangélisation que le Seigneur nous a confiée.
« Seigneur, nous aussi nous sommes immergés dans cette culture hyper-individualiste qui ne jure que par l’autonomie et se scandalise d’un Dieu qui voudrait se mêler à notre vie. Garde nous vigilants dans la foi ; ne permets pas que tu sois pour nous cause de scandale ; mais donne nous de t’accueillir toujours avec joie, émerveillement et reconnaissance, toi qui viens de la part du Père pour nous donner ta propre vie en partage. »
Père Joseph-Marie
http://www.homelies.fr/homelie,14e.dimanche.du.temps.ordinaire,2469.html
Fil Rouge
La liturgie de ce jour se construit autour des difficultés éprouvées par le prophète dans son ministère de prédicateur. Rien ne garantit qu’il sera écouté, bien au contraire : le Seigneur l’avertit ouvertement des difficultés qui l’attendent, car le peuple auquel il est envoyé est « rebelle, ses fils ont le visage dur et le cœur obstiné » (1ère lect.). Mais « qu’ils écoutent ou qu’ils s’y refusent », l’important est « qu’ils sachent qu’il y a un prophète au milieu d’eux ». Le prophète a la mission redoutable d’incarner la conscience du peuple qui s’est révolté contre son Dieu, mais que celui-ci désire appeler à la conversion. La Parole que le prophète doit prononcer de la part du Seigneur, veut éveiller la mémoire de l’Alliance en vue de ramener le peuple à sa fidélité des origines, permettant ainsi à Dieu de le bénir à nouveau. Rares cependant sont les prophètes dont la parole a été accueillie avec joie et reconnaissance : la plupart d’entre eux ont plutôt été persécutés, car leur dénonciation du péché dérange, leur exigence de conversion incommode. Nous ignorons ce que Jésus a pu enseigner dans la synagogue de Nazareth ; Saint Marc se concentre plutôt sur la description de la réaction de l’auditoire : « Ils étaient profondément choqués à cause de lui ». Certes les concitoyens de Jésus reconnaissent sa sagesse et sont bien obligés de constater qu’il opère de « grands miracles ». Mais ils refusent d’envisager que le Très-Haut puisse s’abaisser à agir à travers « le charpentier » de leur village, qui a grandi au milieu d’eux, au sein d’une famille qu’ils côtoient journellement. Aussi se posent-ils avec inquiétude la question de la provenance des dons extraordinaires qu’il déploie - laissant par le fait même supposer qu’ils pourraient bien être d’origine diabolique. Dans un tel contexte, entouré d’une telle suspicion, Jésus ne peut accomplir aucun miracle notoire : le manque de foi de ses concitoyens empêche ceux-ci d’accueillir la grâce divine. Seules « quelques guérisons » marquent le passage du Sauveur dans sa ville natale.
Actualisation
La seconde lecture nous rappelle que le prophète a à combattre non seulement contre des ennemis extérieurs, mais aussi contre des ennemis intérieurs tout aussi redoutables : l’envoyé de Dieu ne connaît décidément pas de repos ! Paul a beau supplier le Seigneur de le délivrer de cette mystérieuse « écharde dans sa chair » : rien n’y fait. Il semble même que cette pauvreté fasse partie de la condition du prophète : il est indispensable qu’il paraisse faible devant ses interlocuteurs, afin qu’il soit clair aux yeux de tous que la puissance qui se déploie à travers lui, ne vient pas de son propre fond, mais de Dieu (cf. 2 Co 4, 7). Bien plus : c’est même dans la mesure où il accepte de se vider de lui-même en consentant aux « insultes, persécutions, situations angoissantes », que le prophète permet à « la puissance du Christ d’habiter en lui » et d’accomplir à travers lui ses œuvres.
L’image du prophète qui ressort des lectures de ce jour est celle d’un homme purifié au creuset des épreuves - extérieure et intérieure - qui s’en remet totalement entre les mains de Dieu, gardant « les yeux levés vers le Seigneur son Dieu, comme les yeux de l’esclave vers la main de son Maître » (Ps 122). La raison pour laquelle il y a si peu de prophètes de nos jours, ne serait-elle pas que l’humilité est morte ? Quant à ceux qui exercent courageusement ce ministère, et proclament la Parole contre vents et marée, qui donc les écouterait ? Comment notre culture hyper-individualiste, qui ne jure que par l’autonomie et la tolérance, accepterait-elle d’entendre un appel à la repentance ? Qu’importe : souvenons-nous de la parole de bon sens de Sainte Bernadette à son curé qui refusait de donner foi à ses propos : « Je ne suis pas chargé de vous le faire croire, mais de vous le dire ! », et poursuivons paisiblement l’œuvre d’évangélisation que le Seigneur nous a confiée.
Père Joseph-Marie
http://www.homelies.fr/fiche,14e.dimanche.du.temps.ordinaire,289,2939.html
Homélie
Doit-on s’étonner de la réaction des compatriotes de Jésus ? Ils commencent par admirer la sagesse de Jésus ; ils sont tout étonnés de ses miracles. Ensuite, ils ne se gênent pas pour lui manifester leur hostilité : « Mais pour qui se prend-il, ce charpentier, ce fils de Marie ? ». Jésus se révèle tout autre que l’enfant, que le jeune homme qu’ils avaient connu : les gens de Nazareth ne l’ont pas supporté. On n’aime pas se faire déranger dans la conception que l’on se fait de quelqu’un. Jésus était trop comme tout le monde : quelle mouche le pique-t-il pour qu’il veuille imposer son enseignement ? Ils n’ont pas perçu la puissance de Dieu qui agissait chez le fils de Joseph (Luc 4.22). Et leurs cœurs se sont fermés. Leurs oreilles sont demeurées insensibles à la Parole. Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas reçu (Jean 1.11). Ce qui s’est passé à Nazareth ce jour-là est comme une préfiguration de ce qui va se dérouler au cours de la Semaine Sainte. Le jour des Rameaux, la foule fait un triomphe à Jésus lors de son entrée à Jérusalem. On est même surpris de cet enthousiasme. Mais le vendredi de la même semaine, la foule réclame la mort du grand prophète. Jésus va être crucifié entre deux malfaiteurs.
Les foules d’aujourd’hui sont-elles différentes de celles du temps du Christ ? Les gens de Nazareth ont été choqués par sa conduite. N’est-ce pas ce qui arrive encore à notre époque ?
Jésus se révèle maintenant par son Église. Pour combien d’individus l’Église demeure-t-elle une pierre d’achoppement ? Elle choque. On la trouve trop humaine, trop près de l’argent, trop près du pouvoir. Et pourtant... L’Église ne demeure-t-elle pas comme dans le passé une pépinière de saints ? Elle continue toujours d’incarner Jésus, de le donner aux hommes. Sans jamais se lasser.
Alors il parcourait les villages d’alentour en enseignant (Marc 6.6). Jésus semble avoir très bien accepté son échec. Il garde sa sérénité. Quel encouragement pour nous : continuons à affirmer notre foi dans le Christ Jésus malgré l’indifférence, l’égoïsme et l’orgueil du monde qui nous entoure.
Méditation
Le jour du sabbat, dans la synagogue de Nazareth, Jésus se leva pour faire la lecture. Déroulant le livre, il tomba sur ce passage d’Isaïe : l’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré ! (Luc 4.16-18).
Ce n’est pas simple hasard, mais intervention de la divine providence si Jésus a déroulé ce livre et a trouvé dans le texte le chapitre qui prophétisait à son sujet. S’il est écrit qu’un moineau ne tombe pas dans le filet sans la volonté du Père, que les cheveux de votre tête sont tous comptés (Matthieu 10.29,30), serait-ce un effet du hasard que le choix du livre d’Isaïe et de la lecture de ce texte qui exprimait précisément le mystère du Christ ? C’est le Christ en effet qui rappelle ce texte ; pensons donc que rien ne s’est produit selon le jeu de la fantaisie et du pur hasard, mais selon le dessein de la divine providence. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres (Luc 4.18), dit le Christ à ceux qui n’ont ni Dieu, ni loi, ni prophètes, ni justice, ni autre vertu. C’est pour ce motif que Dieu l’a envoyé comme messager auprès des pauvres, pour leur annoncer la libération, et rendre aux captifs la liberté.
Après avoir lu cela, roulé le livre, Jésus s’assit, tous ayant les yeux fixés sur lui, dans la synagogue : mais, même actuellement, si vous le désirez vous pouvez vous aussi avoir les yeux fixés sur lui. Tournez le regard de votre cœur vers la contemplation de la sagesse, de la vérité, du Fils unique de Dieu, et vous avez les yeux fixés sur Jésus.
Bienheureuse assemblée dont l’Écriture atteste que tous avaient les yeux fixés sur lui (Luc 4.20) ! Que je voudrais que votre assemblée puisse recevoir un témoignage semblable ! Que tous y aient les yeux du cœur occupés à regarder le Christ qui nous parle ! Quand vous le regarderez, sa lumière rendra votre visage plus lumineux, et vous pourrez dire : « Seigneur, elle a laissé sur nous son empreinte, la lumière de ton visage. »
Origène (IIIe s.)