Prière du matin
Dieu de miséricorde et d’infinie bonté, merci pour ce nouveau jour. Comme le soleil se lève et avec lui toute la nature pour ta louange, puissions-nous accueillir ce jour avec reconnaissance et être tout entiers à ton service et à celui de nos frères et sœurs.
Livre de l'Ecclésiastique 35,12-14.16-18.
Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes.
Il ne défavorise pas le pauvre, il écoute la prière de l'opprimé.
Il ne méprise pas la supplication de l'orphelin, ni la plainte répétée de la veuve.
Celui qui sert Dieu de tout son cœur est bien accueilli, et sa prière parvient jusqu'au ciel.
La prière du pauvre traverse les nuées ; tant qu'elle n'a pas atteint son but, il demeure inconsolable.
Il ne s'arrête pas avant que le Très-Haut ait jeté les yeux sur lui, prononcé en faveur des justes et rendu justice.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Nous devons être généreux et aider aux frais du culte à condition que ce ne soit pas pour oublier nos responsabilités en ce qui concerne l’injustice dans notre monde. Nos sacrifices plaisent au Seigneur, mais il écoute surtout la prière de l’orphelin et il voit les larmes de la veuve.
Psaume 33 (34), 2-3, 16.18, 19.23
Un pauvre a crié : Dieu l'écoute et le sauve.
Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m'entendent et soient en fête !
Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur entend ceux qui l'appellent :
de toutes leurs angoisses, il les délivre.
Il est proche du cœur brisé,
il sauve l'esprit abattu.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Ce Psaume est moins une prière qu’un témoignage, ce que Dieu a fait pour moi et autour de moi. Ce Psaume a l’allure d’une instruction qu’un sage adresse à ses fils : ayez confiance et ne craignez pas si vous marchez droit.
v 34.2
Ce Psaume est alphabétique. Cette règle, qui veut qu’on suive l’ordre de l’alphabet pour les initiales des vingt-deux versets, ne suffit pas à l’auteur. Il y a également la structure “en chiasme” qui veut que la dernière strophe rappelle la première, l’avant-dernière, la seconde… et le centre du Psaume est le verset 12 : Venez, fils, je vous enseignerai la crainte du Seigneur.
Deuxième lettre de saint Paul Apôtre à Timothée 4,6-8.16-18.
Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu.
Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle.
Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire.
La première fois que j'ai présenté ma défense, personne ne m'a soutenu : tous m'ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Le Seigneur, lui, m'a assisté. Il m'a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu'au bout l'Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes.
J'ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu'on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. A lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Ces lignes nous invitent à ne pas prendre trop au tragique la réflexion de 4.6-8. Paul est entièrement disponible, comme il le disait aux Philippiens lorsqu’il était prisonnier à Éphèse (Philippiens 1.18-25). Par moments il broie du noir et pense que l’heure du sacrifice est arrivée, puis il est repris par l’optimisme : il reprendra la lutte !
Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 18,9-14.
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain.
Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne. '
Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! '
Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
De nouveau Luc présente une parabole qui vise les pharisiens : ils étaient fidèles observateurs de la Loi de Dieu. Ils multipliaient les jeûnes et les prières et ils en tiraient l’assurance d’avoir mérité les récompenses de Dieu. Mais il y a aussi dans les cours du Temple un publicain, collecteur d’impôts pour l’armée étrangère, considéré comme traître à son peuple et pécheur devant Dieu.
Jésus parle de la prière, mais il vise plus directement l’attitude profonde qui donne un sens à notre prière. Contrairement au Pharisien qui rend grâces à Dieu mais plus encore se félicite lui-même, le publicain ne pense qu’à demander pardon pour son métier dont il a honte.
Jésus parlait pour ceux qui se flattaient d’être des gens bien (9). Le texte dit précisément : “d’être des justes”, ce qui fait contraste avec justifié au verset 14. La Bible appelle justes ceux dont la vie est en ordre devant Dieu parce qu’ils observent sa Loi ; ainsi dans Matthieu 1.19 et Luc 1.6 Joseph et Zacharie sont appelés justes. Cependant, en bien des endroits, on accorde une grande importance aux actes extérieurs qui font l’homme “juste”, et chez les pharisiens comme dans tout groupe religieux qui est en même temps un parti, ou un groupe social, cela voulait dire qu’on était des gens bien.
En peu de mots Jésus a retiré leur auréole à ceux qui se flattent d’être des “justes”, sans reproche devant Dieu, et il nous invite à toujours nous placer au dernier rang si nous voulons que Dieu fasse attention à nous. Voici plantée la notion chrétienne de la justification ou, si l’on veut, du chemin qui nous fera rencontrer Dieu : c’est toujours Dieu qui nous accueille et qui remet en ordre notre existence, ce n’est pas nous qui accédons à un état supérieur par nos efforts ou nos mérites (voir Romains 4).
Ce n’est pas non plus par hasard que le Pharisien se compare aux autres pour avoir bonne opinion de lui-même. C’est là que le démon attend les personnes et les groupes chrétiens qui se flattent d’avoir choisi un chemin de conversion. Partout où l’on voit l’Église divisée, que les raisons soient politiques ou religieuses, il y a fort à parier qu’on aime cette situation qui permet de se comparer aux autres. Et il est bien difficile de faire partie d’un groupe de “convertis” sans regarder avec une compassion charitable les frères chrétiens qui n’ont pas pris le même chemin.
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Chaque être humain est unique devant Dieu et devant les autres. Dieu ne nous crée pas en série, malgré la tendance actuelle fière de ses expériences génétiques. La différence est une expression de la richesse et de la créativité de Dieu. Malheureusement, à cause du péché, elle peut devenir source de divisions, de discriminations et même de violence entre les humains. Je ne suis pas comme les autres, sous-entendu, « Je suis le meilleur », et ainsi les autres n’ont plus droit de cité. L’attitude opposée n’est pas non plus acceptable. Je ne suis pas comme les autres, sous-entendu, « Je suis pire » et n’ai plus besoin de me situer en me comparant aux autres, soit pour me surestimer ou me sous-estimer.
Le pharisien et le publicain de l’évangile d’aujourd’hui, nous invitent à la réflexion pour nous situer devant Dieu. Je ne suis pas comme les autres (Luc 18.11), mais alors, qui suis-je ? Je ne suis ni le meilleur, ni le pire, mais un homme ou une femme qui se tient devant son Dieu, en toute vérité. Pécheur ou pécheresse, mais appelé à être saint comme Dieu. La reconnaissance de cette réalité nous ouvre à la possibilité de progrès vers l’idéal que l’évangile nous propose. Le contraire nous enferme sur nous-mêmes dans notre pauvreté et nos limites. L’évangile nous dit que le publicain est rentré chez lui justifié pour avoir confessé son péché devant Dieu et non le pharisien, rempli de lui-même.
Notre continent africain, fier de son riche patrimoine culturel et religieux, est cependant le lieu où sévissent encore les haines ethniques, les divisions, les guerres avec son lot de misère sur les populations. Un continent qui semble avoir du mal à se défaire du sous-développement, alors qu’il n’est pas moins pourvu que les autres. On se demanderait à juste titre où sont passées les valeurs du sens de la vie, de la solidarité, de l’accueil, de l’effort, tant clamés par nos griots encore aujourd’hui. En clôturant l’Assemblée du synode spécial sur l’Afrique « Ecclesia in Africa », le Pape Jean-Paul II disait : « Aujourd’hui, je vous recommande vivement de regarder en vous-mêmes. Regardez les richesses de vos propres traditions, regardez la foi que nous célébrons dans cette assemblée. Vous trouverez ici la véritable liberté, vous trouverez ici le Christ qui vous conduira à la vérité » (n° 48). Certes, « nous ne sommes pas comme les autres », nous avons des richesses, mais cela ne doit pas nous conduire à nous en contenter, oubliant l’appel à la conversion que le Christ lance à tous les peuples. En accueillant vraiment Jésus Christ et son message chez nous, il nous libérera du mal, de l’oppression et de l’étroitesse de vue.
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Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Église
Homélies sur la conversion, n°2 (trad. coll. Pères dans la foi, 8, DDB 1978, p. 46)
« Prends pitié du pécheur que je suis »
Un pharisien et un publicain montaient au Temple pour y prier. Le pharisien a commencé par énumérer toutes ses qualités, en proclamant : « O Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont rapaces, injustes et adultères, ou bien encore come ce publicain ! » Misérable sois-tu, toi qui oses porter un jugement sur la terre tout entière ! Pourquoi accabler ton prochain ? As-tu encore besoin de condamner ce publicain, la terre ne t'a-t-elle pas suffi ? Tu as accusé tous les hommes, sans exception : « Je ne suis pas comme le reste des hommes...ou bien encore comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. » Que de suffisance dans ces paroles ! Malheureux !...
Le publicain, quant à lui, avait fort bien entendu ces paroles. Il aurait pu rétorquer en ces termes : « Qui donc es-tu, qui oses proférer de telles médisances à mon sujet ? D'où connais-tu ma vie ? Tu n'as jamais vécu dans mon entourage, tu n'es pas un de mes intimes. Pourquoi manifester un tel orgueil ? D'ailleurs, qui peut attester la réalité de tes bonnes actions ? Pourquoi fais-tu ainsi ton propre éloge, qu'est-ce qui t'incite à te glorifier de la sorte ? » Mais il n'en fit rien –- bien au contraire -– il s'est prosterné, en disant : « O Dieu, prends en pitié le pécheur que je suis ! » Et, pour avoir fait preuve d'humilité, il a été justifié.
Le pharisien a quitté le Temple, privé de toute absolution, tandis que le publicain s'en allait, le cœur renouvelé d'une justice retrouvée... Pourtant, il n'y avait là guère d'humilité, dans la mesure où l'on utilise ce terme lorsque quelqu'un de noble s'abaisse ; or, dans le cas du publicain, il ne s'agissait pas d'humilité, mais de simple vérité, car il disait vrai.
Homélie Messe
Jésus poursuit son enseignement sur la prière. La semaine dernière, il avait mis en scène deux personnages emblématiques : le juge inique, paradigme de l’oppresseur, et la veuve sans recours, modèle de l’opprimé. A travers une brève parabole qui ne manquait pas d’humour, Notre-Seigneur nous incitait à la persévérance, dans la conviction de foi que Dieu nous exauce toujours, même s’il est parfois obligé de purifier notre demande au creuset de la patience.
Pour préciser l’attitude intérieure et extérieure qu’il convient d’adopter lorsque nous nous adressons à Dieu, Jésus met à nouveau en scène deux personnages, qui représentent cette fois le modèle même du juste - un pharisien, parfait observateur de la Loi - et du pécheur - un publicain, coupable de trafic d'argent au profit de l'occupant romain et qui plus est : sur le dos des contribuables juifs.
En lisant ce pourquoi le pharisien rend grâce à Dieu, on ne peut qu’admirer sa générosité ; vraiment, c’est un homme « bien », irréprochable. Cela ne semble pourtant pas être l’avis de Jésus qui ne raconte pas cette parabole pour ceux qui sont justes, mais « pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes ».
En fait, notre pharisien a établi lui-même la norme de sa justice. Comme par hasard, il a décidé que ce qui est important correspond exactement à ce qu’il fait et que les autres ne font pas : jeûner, payer les impôts... Il s’est construit une représentation du juste à son image. Il ne s’est apparemment pas rendu compte qu’il a négligé d’insérer dans ce tableau le plus important de la Loi, ce qui lui donne son sens, à savoir l’amour du prochain.
Mais il y a plus grave encore dans l’attitude de cet homme. Certes, il « rend grâce à Dieu » ; mais de ne pas être « comme les autres hommes », dont il se plaît à énumérer les péchés. Rien dans sa prière ne trahit qu’il aurait besoin de Dieu pour quoi que ce soit : il ne doit sa justice qu’à lui-même, à sa propre force intérieure, qui lui a permis de s’élever au-dessus des médiocres ; aussi méprise-t-il royalement ces derniers du haut de son éminence.
En entendant l’assurance de notre pharisien, on a l’impression qu’il discute avec le Seigneur sur un pied d’égalité. Somme toute, il se présente à Dieu pour recevoir ce qui lui est dû en raison des bonnes œuvres qu’il a accomplies. Dieu n’a plus qu’à lui remettre la récompense qu’il a largement méritée. A cet homme satisfait de lui-même et parfaitement suffisant, comment Dieu pourrait-il se communiquer ?
On se souvient de la terrible sentence prononcée contre les sœurs jansénistes de Port-Royal : « Elles sont pures comme des anges, mais orgueilleuses comme des démons ! »
Déplaçons maintenant l’objectif sur le publicain. Le contraste est saisissant. Aucune tentative de justification, et encore moins de comparaison ne monte à ses lèvres. S’il avait entendu le mépris avec lequel le pharisien parlait de lui, il n’aurait même pas récusé ses propos, tant il est persuadé de son indignité.
Pourtant il reste là en présence de Dieu, car il est convaincu que le Très-Haut « ne repousse pas un cœur brisé et broyé » (Ps 50) de repentir. Se tenant à distance, il « s’abaisse » devant lui, se frappant humblement la poitrine. N’ayant à se vanter de rien - ni jeûne ni aumône - il n’a que sa misère à offrir au Miséricordieux.
La seule prière qui monte de son cœur est un cri de confiance : « Mon Dieu » ; un appel au secours : « prends pitié », et un aveu : « du pécheur que je suis ». Il s’inscrit spontanément au nombre des sans-droits devant Dieu et devant les hommes, attendant la juste sentence qu’il mérite. « N’osant pas lever les yeux vers le ciel », il ne voit pas que « sa prière traverse les nuées » (1ère lect.), portée par les anges, qui la déposent sur l’autel du Très-Haut ; et Dieu exauce sa prière, lui donnant part à sa justice.
Le publicain, tout pécheur qu’il soit, peut accueillir la miséricorde, car contrairement au pharisien refermé sur sa suffisance, il reste ouvert et disponible devant Dieu, en qui il a mis toute son espérance.
Comme dans la plupart des paraboles où Jésus met en scène deux personnages contrastés, nous sommes à la fois le publicain et le pharisien. Au pire nous comportons-nous comme le publicain dans la vie - peu scrupuleux en affaires - et comme le pharisien dans le temple - croyant être justifiés par nos actes religieux !
En fait notre travail de conversion consiste à inverser ces tendances, et à devenir pharisiens dans la vie - en évitant toute forme d’injustice - et publicains dans le temple - en reconnaissant quand nous sommes devant Dieu, que le peu que nous avons fait est un don de sa grâce, et en confessant que nous avons un besoin vital de sa miséricorde.
Au terme de notre lecture, la question se pose : le pharisien croit-il en Dieu ?
Pas vraiment puisqu’il ne s’appuie en rien sur lui ; il n’a pas besoin de fonder sa vie sur le Seigneur, puisqu’il se suffit à lui-même.
La foi qui justifie et qui sauve est celle du publicain : son ouverture de cœur lui vaut la justification, car la grâce peut tout dans un cœur humble et contrit.
La première étape de la conversion n'est donc pas de changer de vie, mais de croire vraiment en Dieu au sens de le laisser agir en nous.
Certes, avec sa grâce, il faudra ensuite décider les changements de vie nécessaires pour que notre conversion porte son fruit. Cela demandera du temps et des efforts ; mais si nous avons accueilli Dieu dans notre cœur, l’essentiel est fait.
Le philosophe protestant Sören Kierkegaard l’exprime de manière lumineuse : « Le contraire du péché, ce n'est pas la vertu, mais la foi ».
« Merci Seigneur pour cet enseignement, qui est source de grande consolation pour nous qui peinons douloureusement sur le chemin de la conversion. Comme le bon larron qui a obtenu le ciel par l’élan de sa foi confiante, nous voulons renoncer à notre suffisance, nous tourner résolument vers toi, et ouvrir notre cœur à ton amour. Nous croyons que tu le répands sans mesure, et que c’est en lui que nous pourrons puiser la force d’avancer sur le chemin de sainteté. Nous n’aurons plus alors "qu’à recevoir la récompense du vainqueur, que dans ta justice, tu accordes à tous ceux qui auront désiré avec amour ta manifestation dans la gloire" (2nd lect.). »
Père Joseph-Marie
http://www.homelies.fr/homelie,30e.dimanche.du.temps.ordinaire,2945.html
Méditation:
Le pharisien et le publicain (Lc 18,9-14)
Deux hommes prient le même Seigneur, dans le même temple. Et pourtant quelle différence dans la connaissance du vrai Dieu, quelle différence d'authenticité dans la prière!
Pour le pharisien, la prière n'a qu'un pôle: le moi satisfait et sécurisé. Cet homme est, à ses yeux, le seul intact, le seul digne, l'artisan de sa propre perfection.
"Les autres" se laissent compromettre avec l'argent; "les autres" connaissent des aventures avec la femme d'autrui; "les autres" trempent dans des affaires injustes. D'autres encore, comme ce publicain, sont entrés dans le système fiscal de l'occupant, et leur métier leur salit les mains. Tandis que lui, le "séparé", l'homme à part, est demeuré inentamé, inattaquable.
Mais il confond la paix du cœur et l'autojustification. Pour lui la sainteté consiste à coïncider avec une image gratifiante de lui-même, à remplir les cases qu'il a lui-même tracées.
Il est le seul digne de l'amour de Dieu, ou du moins il a besoin d'être le seul à capter son estime. Il lui faut éliminer les autres pour se sentir aimé du Seigneur; et dès lors l'autre n'est plus le frère, mais le coupable. Il n'a jamais su "être-avec" les autres devant Dieu, et pour se sentir vivre, il lui faut se percevoir comme en dehors de la destinée commune. L'insécurité n'a plus de sens pour lui: il a mis Dieu à son service, il l'a satellisé, à portée de son orgueil.
Désormais toute son assurance repose sur ses œuvres: ses comptes pour le Temple sont en règle, et, une fois la dîme versée, il se sent tranquille pour user de tout le reste comme bon lui semble. Par ailleurs ses jeûnes réguliers le rassurent sur la possession qu'il a de lui-même et le confirment dans son impression d'équilibre et de réussite.
Le plus étrange est que de tout cela il parvienne à faire une prière:
"Je te rends grâces, Seigneur, d'être l'unique à tes yeux;
je te rends grâces de m'avoir élu pour être à part;
je te rends grâces de n'être pas comme le reste des hommes;
je te rends grâces de la lumière que tu me donnes sur moi-même et sur les autres."
Non content d'introduire dans sa prière tous ses mépris, toutes ses agressivités, non content d'écraser les autres pour se pousser devant Dieu au premier rang, il va s'imaginer que Dieu l'aurait choisi en excluant les autres, comme si le cœur de Dieu était trop petit pour aimer aux dimensions du monde.
Le publicain, lui, ne vient pas au Temple pour trouver en Dieu un témoin de sa réussite, mais un confident de sa misère. Il se tient à distance, comme un homme qui n'aurait pas droit à l'amour de Dieu; et pourtant il est venu car il sait que l'amour n'est pas une question de droit.
Il n'ose pas lever les yeux, de peur de rencontrer un regard qu'il ne saurait supporter, le regard de Dieu, chargé d'amour, mais d'un amour tellement immérité! Il ne songe même pas à se comparer aux autres, car une première comparaison déjà l'a rendu humble, celle de sa vie lourde et lâche, fausse et mesquine, avec ce qu'il pressent de la bonté de Dieu.
Il a rejoint le sens du péché, qui ne consiste pas à nous imaginer criminel ni à nous charger de misères plus ou moins artificielles, mais à reconnaître humblement, avec une sorte d'évidence, combien le mensonge s'est installé dans nos vies, combien nous avons perdu la hâte du Royaume et combien peu nous savons aimer.
C'est alors que peut monter la vraie prière, celle qui traverse le dépit orgueilleux et exprime la vraie conversion, l'authentique retournement vers Dieu: "Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis!"
Les années passent, les illusions tombent, le temps se fait court: seule cette prière de pauvre peut nous ouvrir le chemin de la paix, parce qu'elle nous resitue devant Dieu dans notre vérité de créature, dans notre responsabilité de pécheurs, mais aussi dans la certitude de la victoire du Christ et dans l'espérance de ce qu'il nous prépare.
"Qui s'abaisse sera élevé": c'est le Seigneur qui l'a promis,et c'est lui qui le fera. Il saura restaurer dans son amour et élever tout près de lui, sur la même croix et dans la même gloire, ceux qui pour lui se seront abaissés dans l'humilité, la douceur et le service.
C'est notre espérance, et ce sera son œuvre:
"Qui se libérera de ses basses manières
si Toi-même ne viens l'élever jusqu'à Toi
en pureté d'amour?
Comment s'élèvera jusqu'à Toi, notre Père,
l'homme venu d'en bas, si tu ne le secours
de Ta main qui l'a fait?"
http://bibleetviemonastique.free.fr/lu180914.htm
Méditation
Un pharisien et un publicain montaient au Temple pour prier, et le pharisien se mit à énumérer ses vertus : Je ne suis pas, dit-il, un pécheur comme le reste des hommes du monde entier, ou encore comme ce publicain (Luc 18.11). Ah ! misérable et malheureux ! Tu as condamné tout l’univers, pourquoi vexer en outre ton prochain ? Le monde entier ne pouvait te suffire, à moins de condamner aussi le publicain ? Mais qu’en est-il donc du publicain ? La tête inclinée vers le sol, il adore en disant : Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis (Luc 18.13). Or, s’étant montré humble, il devint juste. Le pharisien, pour sa part, descendit les degrés du Temple, déchu de sa justice ; le publicain les descendit, doté de la justice ; même des paroles ont pu l’emporter sur des actes. Car le pharisien a perdu sa justice acquise par des actes, tandis que le publicain, grâce à un langage empreint d’humilité, a obtenu la justice. Encore cela n’était-il pas à proprement parler de l’humilité, si toutefois l’humilité est bien le fait de celui qui, alors qu’il est grand, s’abaisse lui-même. Or le fait du publicain n’est pas l’humilité, mais la vérité ; ces paroles, en effet, étaient vraies, puisque celui-là était pécheur.
Si donc, toi, tu reconnais tes péchés, et si tu es humble, tu deviens juste. Tu désires connaître quelqu’un de vraiment humble ? Regarde Paul, qui était réellement humble, Paul, ce docteur universel, cet orateur plein d’esprit d’en-haut, cet instrument de choix, ce havre de paix, cette citadelle inébranlable, lui qui, chétif de corps, a visité le monde entier, et l’a parcouru comme s’il avait eu des ailes. Considère-le, lorsqu’avec les humbles et modestes sentiments qu’il a de lui-même, il se juge à la fois ignorant et sage, pauvre autant que riche. Il était vraiment humble, lui qui disait : Je suis le plus petit des apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé apôtre (1Corinthiens 15.9). Voilà, en effet, la véritable humilité : s’abaisser soi-même en toutes choses, et se dire le plus petit de tous.
Saint Jean Chrysostome († 404)