Decouverte
Posté le 02.06.2008 par jubilatedeo
J'aimerai savoir une chose : quelle est l'origine du mot Bible? Expliquez-moi sa signification ?
Le mot « Bible » vient du grec biblos. Ce mot a connu, au fil du temps, plusieurs mutations. Il désignait à l’origine les feuilles de papyrus sur lesquelles on écrivait. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’on a nommé Byblos, la ville phénicienne qui, dès le VIe siècle av. J.C., exerçait sur la côte méditerranéenne le contrôle du commerce du papyrus entre l’Égypte et le monde grec. Comme ces feuilles de papyrus servaient de support à la transcription des Écritures, le singulier biblion fut de plus en plus utilisé par la Septante (version grecque de l’Ancien Testament) pour désigner le livre de la Loi (Dt 28,58) ou le livre de Moïse (2 Ch 35,12) ou encore les livres saints (1 Mac 12,9) ou les livres sacrés (2 Mac 8,23). Le terme biblos ne désignait donc plus le support sur lequel on écrivait, mais ce qui était écrit à savoir l’Écriture elle-même. Au Ier siècle, on utilisa le pluriel bibloi pour désigner l’ensemble des livres de l’Ancien Testament (Flavius Josèphe, Antiquités juives 1,132), le singulier ne servant plus qu’à nommer l’un d’entre eux. Finalement, au IIe siècle, le mot biblia fut utilisé par les Pères de l’Église (Clément d’Alexandrie, Origène) pour désigner l’ensemble des écrits de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ce dernier sens est celui que la tradition a conservé jusqu’à maintenant.
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Posté le 29.05.2008 par jubilatedeo
On compte dans les évangiles plusieurs paraboles, certaines dites majeures mais d'autres dites mineures. Combien y-a-t-il de paraboles dans les évangiles et quelles sont leur degré d'importance selon les catégories?
Jésus aimait enseigner en paraboles. La tradition synoptique en contient une quarantaine. On peut les classer de différentes façons. Rudolf Bultmann, par exemple, dans son histoire des formes, les a classées selon leurs genres littéraires : la parole-image (Mc 2,21s); la métaphore (Mt 5,13); la comparaison (Mt 24,27); l’hyperbole (Mt 10,30); la similitude (Lc 15,4s); la parabole proprement dite (Lc 15,11s); le récit exemplaire (Lc 10,30-36); l’allégorie (Mc 4,13-20). D’autres, comme John D. Crossan, les classe selon leurs formules introductives pour découvrir les plus anciennes. D’autres enfin insistent sur le caractère événementiel de leur énonciation. Ayant pour thème principal le Royaume de Dieu, elles font advenir le règne de Dieu là où elles sont énoncées car elles permettent à l’auditeur d’entrer dans la logique du Royaume. En ce sens, il serait difficile d’en privilégier certaines au dépend des autres.
En voici la liste complète, telles qu’elles apparaissent dans les évangiles synoptiques en tenant compte des parallèles :
Paraboles qui se retrouvent chez Marc, Matthieu et Luc
Le semeur : Mc 4,3-8 // Mt 13,3-8 // Lc 8,5-8
Le grain de sénevé : Mc 4,30-32 // Mt 13,31-32 // Lc 13,18s
Les vignerons homicides : Mc 12,1-11 // Mt 21,33-44 // Lc 20,9-18
Le figuier bourgeonnant : Mc 13,28-29 // Mt 24,32-36 // Lc 21,29-31
Le portier : Mc 13,33-37 // Lc 12,35-38
Paraboles qui se retrouvent chez Matthieu et Luc
La démarche chez le juge : Mt 5,25s // Lc 12,58s
Les enfants sur la place : Mt 11,11-19 // Lc 7,31-35
L’esprit impur qui revient : Mt 12,43-45 // Lc 11,24-26
Le levain : Mt 13,33 // Lc 13,20
La brebis perdue : Mt 18,12-14; Lc 15,4-7
Le festin : Mt 22,1-10 // Lc 14,16-24
Le cambrioleur Mt 24,42-44 // Lc 12,39-41
L’homme de confiance : Mt 24,45-51 // Lc 12,42-46
Les talents : Mt 25,14-30 // Lc 19,12-27
Parabole qui ne se retrouve que chez Marc
Le grain qui pousse tout seul : Mc 4,26-29
Paraboles qui ne se retrouvent que chez Matthieu
L’ivraie : Mt 13,24-30
Le trésor dans le champ : Mt 13,44
La perle : Mt 13,45-46
Le filet : Mt 13,47-50
Le débiteur impitoyable : Mt 18,23-35
Les ouvriers dans la vigne : Mt 20,1-16
Les deux fils : Mt 21,28-32
L’invité sans le vêtement de noce : Mt 22,11-14
Les vierges sages et les vierges folles : Mt 25,1-13
Le jugement dernier : Mt 25,31-46
Paraboles qui ne se retrouvent que chez Luc
Les deux débiteurs : Lc 7,41-43
Le bon Samaritain : Lc 10,25-37
L’ami à qui on vient demander de l’aide : Lc 11,5-8
Le riche insensé : Lc 12,16-21
Le figuier stérile : Lc 13,6-9
La porte fermée : Lc 13,24-30
Les places à table : Lc 14,7-11
Le bâtisseur de tour et le roi qui part en guerre : Lc 14,28-32
Le drachme perdue : Lc 15,8-10
L’enfant prodigue : Lc 15,11-32
L’intendant malhonnête : Lc 16,1-8
Le riche et le pauvre Lazare : Lc 16,19-31
Le salaire du serviteur : Lc 17,7-10
Le juge inique : Lc 18,1-8
Le pharisien et le publicain : Lc 18,9-14
Posté le 28.05.2008 par jubilatedeo
J’aimerais beaucoup savoir comment on peut interpréter Rm 9,18. L’apôtre y dit clairement que « Dieu fait miséricorde à qui il veut et il endurcit qui il veut ». En lisant ce verset, on a l’impression que Dieu choisit certaines gens et rend les autres insensibles à sa voix.
Les chapitres 9 à 11 de l’Épître aux Romains constituent une parenthèse sur Israël. Au chapitre précédent, Paul avait affirmé que les baptisés étaient des « fils adoptifs » et, qu’en tant que tel, ils étaient les « héritiers de Dieu » (Rm 8,15.17). Or, si ceux qui croient au Christ sont « fils », qu’en est-il des israélites qui ne croient pas au Christ et qui reve ndiquent eux aussi le privilège de la filiation, de l’élection, de l’Alliance? Leur interprétation de la Thora est d’ailleurs précisément ce qui leur interdit de croire au Christ! Comment expliquer cela? Comment expliquer cet endurcissement? C’est à cette question que Paul essaie de répondre.
Pour ce faire, il rappelle la souveraineté de ce Dieu qui « appelle à l’existence ce qui n’existe pas » (Rm 4,17), qui dispose de ses créatures comme un potier qui est « maître de son argile » (Rm 9, 21). Abraham a cru. Mais la foi n’est-elle pas donné par Dieu? Ne dépendons-nous pas de « Celui qui appelle » (Rm 9,12)? S’il en est ainsi, c’est donc que Dieu choisit! Faut-il s’en scandaliser? Non, parce que même si Dieu s’est choisit un peuple particulier, le salut dépasse les cadres d’une ethnie et s’adresse à toute l’humanité qui sera un jour ou l’autre rejointe par la grâce. Même si une partie d’Israël refuse de croire en Jésus, Paul affirme que « tout Israël sera sauvé » (Rm 11,26) à cause de la miséricorde de Dieu. Il rappelle également, précisément dans ces chapitres (Rm 9-11), que si nous sommes passifs dans la réception du salut nous ne sommes pas dispensés de la tâche de l’annoncer.
Posté le 27.05.2008 par jubilatedeo
Crucifixion de Pierre et décapitation de Paul
Les Actes des apôtres se terminent sans qu'on sache ce qu'il advient de Paul et de Luc. J'ai appris que Paul a été décapité, mais sans savoir la source, est-ce que Luc aurait eu le même sort ce qui expliquerait la fin des Actes? Et Pierre où trouvons-nous qu'il a été crucifié la tête en bas?
C’est vrai que la finale du livre des Actes est déconcertante. Pourtant, en Ac 25,11-12, on nous annonçait que Paul devait comparaître devant l’empereur, mais son procès ne nous est pas raconté et nous ne connaissons pas non plus les motifs de sa condamnation à mort. Si nous voulons connaître la suite, nous devons nous référer à d’autres écrits. Cependant, peu de gens savent que nos traductions bibliques ne nous donnent que la version des grands onciaux du texte des Actes. Or, il en existe une version plus longue contenue dans le Codex de Bèze datant du Ve siècle. Cette version ajoute en Ac 28,19 :
Mais comme les Juifs disaient le connaître et allaient jusqu’à hurler « Supprimez notre ennemi », je fus contraint d’en appeler à César, pas comme si j’avais à accuser ma nation en quelque chose, mais afin que d’une mort je rachète ma vie.
Ce texte occidental fait allusion à la mort de Paul et nous la présente comme similaire à celle de Jésus. Pourquoi Luc n’est-il pas plus explicite? Parce que Luc n’avait pas pour but d’écrire la biographie de Paul, mais de rendre compte de l’expansion du christianisme au-delà de la Judée, jusqu’aux extrémités de la terre (Ac 1,8-9). Il voulait montrer que le salut avait rejoint le monde païen (Ac 28,28), et avait touché le cœur de l’empire romain qu’était la ville de Rome. Rendu à Rome, son but était atteint.
Le texte le plus ancien qui parle de la mort de Paul est celui de Clément de Rome, Épître aux Corinthiens 5,7 mais sa description reste encore vague et imprécise. Certains croient qu’il se serait peut-être rendu en Espagne et une tradition du Ve siècle affirme que Paul aurait connu une deuxième captivité à la prison de Tullianum, appelée aussi « Mamertine ». Le Deuxième livre de Timothée y ferait peut-être allusion (2 Tm 1,16-17). Il aurait été flagellé et décapité. Certains situent sa mort en 64 après l’incendie de Rome. D’autres, comme Eusèbe de Césarée (Chronique II, olympiade, 211) la situent entre juillet 67 et juin 68. Une autre tradition, datant du IIe siècle dit encore qu’il aurait été exécuté ad Aquas Salvias, à 30 milles de Rome. Il aurait été enterré à l’actuel emplacement de la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.
Luc, médecin (Col 4,14), a peut-être soigné Paul (qui fut souvent roué de coup). On le situe avec lui à Rome, au moment de sa deuxième captivité (2 Tm 4,11). Le Prologue Anti-Marcionite raconte que Luc n’était pas marié et qu’il serait mort en Boeotia (peut-être la Bithynie) à l’âge de 84 ans. Deux traditions circulent concernant sa mort : une première qui dit qu’il aurait connu une mort naturelle et une deuxième qui raconte qu’il aurait été crucifié avec André à Patras (Péloponnèse). En 356-357, l’empereur Constantin II a transporté ses reliques de Thèbes à Constantinople. Aujourd’hui, elles sont à la basilique Saint-Pierre de Rome.
En ce qui concerne le martyre de Pierre, l’Évangile de Jean y fait clairement allusion (Jn 21,18-19). Les mots grecs utilisés pour dire « de quelle mort il devait glorifié Dieu » ne retrouvent que deux autres fois dans l’Évangile, en rapport avec la crucifixion de Jésus (Jn 12,33 ; 18,32). La Lettre de Pierre écrite à Rome en parle également (l P 5,13). Même si cette épître a été écrite un an après la mort de Pierre, celle-ci est décrite en termes glorieux (1 P 5,1). Clément de Rome, en 95, y fait aussi allusions dans son Épître aux Corinthiens (5,4-5). On la retrouve aussi dans les apocryphes chrétiens du IIe siècle comme l’Ascension d’Isaïe (IV, 1-3) ou les Actes de Pierre (XXXII). Ce sont ces Actes qui contiennent ce fameux récit du Quo vadis où Pierre désirant quitter Rome, rencontre le Christ s’en allant en sens inverse à « pour y être crucifié ». Pierre décide alors de rebrousser chemin. C’est aussi dans ce livre des Actes de Pierre que nous retrouvons la demande et Pierre d’être crucifié la tête en bas.
Historiquement parlant, on ne sait pas exactement quand Pierre se serait rendu à Rome. On pense que la date doit être assez tardive parce que Paul dans son Épître aux Romains (hiver 57-58) n’y fait pas allusion. On en arrive donc à la conclusion que Pierre serait arrivé à Rome juste avant la persécution de Néron à l’été 64. Selon le témoignage de Tacite (Annales XV,41), il serait mort à l’automne 64. Saint Jérôme en parle également, mais il la situe à la fin du règne de l’empereur, entre juillet 67 et juin 68 en se basant sur le livre des Chroniques d’Eusèbe de Césarée (op. cit.). Cela correspond aux indications faites par Clément de Rome (I Clem. V, 7).
Posté le 24.05.2008 par jubilatedeo
J’ai entrepris une recherche sur saint Luc, dont l’animal symbolique est tantôt le taureau (voir Ap, Éz) et tantôt le bœuf, voire même le veau... Qu’en est-il exactement du tétramorphe dans l’histoire et dans l’évolution de l’iconographie chrétienne au cours des âges? Est-ce une question de mots dans les différentes traductions ou a-t-on vu se produire à un moment donné une sorte de « castration » de l’animal symbolique qui était probablement d’origine mésopotamienne?
Les évangélistes n’ont aucun animal symbolique dans la Bible. Il s’agit là d’une interprétation chrétienne extra-biblique. Ce qu’il y a dans les apocalypses bibliques, ce sont des visions dans lesquelles Dieu est servi par quatre vivants, ou animaux : un bœuf, un aigle, un lion et un homme (Éz 1,5-10 ; Ap 4,6-8). Dans le texte d’Ézékiel, le parallèle avec les serviteurs des divinités mésopotamiennes qu’on pourrait rapprocher des « kerubim » de la Bible, paraît évident. En effet, on a retrouvé plusieurs représentations de ces êtres étranges à tête humaine, corps de lion, pattes de taureau et ailes d’aigle. Ces êtres représentent ce qu’on considérait de plus noble dans la création, de plus fort, de plus sage et de plus agile. Ils semble que ces êtres fantastiques gardaient les seuils des palais et des temples. Ézékiel en fait des serviteurs du seul Dieu, attelés à son char divin. Dans le livre de l’Apocalypse, ces quatre vivants, qui reprennent ceux d’Ézékiel, semblent les quatre anges qui président au gouvernement du monde physique. Leurs yeux symbolisent la science divine et sa providence. Voilà ce qu’il y a dans la Bible. Quant au taureau, c’est évidemment la meilleure traduction puisque c’est l’animal qui évoque le mieux la force, voire la virilité (voir le « veau » d’or dans Ex 32 ou les corridas en Espagne). Traduire le mot par « bœuf » n’est pas mauvais, mais le mot « veau » est à éviter parce qu’il transmet mal le concept. À ce sujet, il n’est pas question de « castration ». Un veau n’est pas un taureau castré! c’est un jeune taureau, point.
Puisque ces êtres fantastiques sont quatre, comme les évangélistes, ils sont associés depuis saint Irénée de Lyon (mort vers 202). Il y a peut-être un caractère personnel à chaque évangéliste qui a joué (Matthieu = homme ; Marc = lion ; Luc = bœuf ; Jean = aigle), mais il faudrait voir jusqu’où cela est vrai. Dans les églises, on a aimé les représenter sculpté dans la chaire, où on annonce l’évangile.
En conclusion, il faut bien distinguer le niveau biblique (vision d’Ézékiel reprise dans l’Apocalypse) du niveau de la tradition chrétienne. Maintenant, l’origine de ces vivants est peut-être mésopotamienne, mais ça ne change absolument rien à la question de l’interprétation chrétienne qui l’ignorait. Ce qui importe, ce n’est pas l’origine d’un concept, mais l’usage qu’on en fait ou le sens qu’on lui donne.
Posté le 23.05.2008 par jubilatedeo
J’aimerais savoir pourquoi on dit de l’apôtre Jean dans l’Évangile qu’il est « l’apôtre que Jésus aimait »? Est-ce un amour de préférence? N’aimait-il pas les autres apôtres?
La question du « disciple que Jésus aimait » est complexe et plusieurs livres ont été écrits sur le sujet. L’expression ne se trouve que 5 fois, entre les chapitres 13 et 21 de l’évangile selon Jean (Jn 13,23 ; 19,26 ; 20,2 ; 21,7.20 ; cf. 21,24). Celui que l’expression désigne n’est jamais explicitement mentionné. La tradition chrétienne a identifié ce disciple avec l’évangéliste Jean. Cette identification a des fondements puisque, ailleurs dans le Nouveau Testament, l’évangéliste Jean semble avoir une place spéciale (cf. Mc 1,19-29 ; 3,17 ; 5,37 ; 9,2.38 ; 10,35.41 ; 13,3 ; 14,33 ; Ac 1,13 ; 3,1.3.4.11 ; 4,13.19 ; 8,14 ; Ga 2,9). Toutefois, il faut noter qu’il n’est jamais mentionné par son nom dans l’évangile de Jean (ce qui ne prouve rien). La tradition iconographique chrétienne a aussi aimé donner une place spéciale à Jean, peut-être justement à cause de cette identification. Les exégètes modernes ont émis d’autres théories. Il est possible que l’expression désigne simplement le croyant dans sa relation avec Jésus.
La question de l’amour préférentiel est plus symptomatique. Il est illusoire de croire qu’on peut ou que l’on devrait aimer tout le monde également. Ce n’est pas parce qu’une personne en préfère une autre qu’elle n’aime pas les autres. L’amour, comme tout sentiment, a une hiérarchie. Il est normal d’aimer davantage ses parents, son conjoint, ses enfants, ses amis. Jésus aimait certainement tous les apôtres, mais il ne faisait aucun tort à qui que ce soit en en préférant une. Je ne crois pas que Dieu aime tout le monde de la même façon. Ce serait faire injure à l’amour, et à l’amour de Dieu. Cela n’enlève rien à qui que ce soit.
Posté le 22.05.2008 par jubilatedeo
Qu’est-ce que la filiation divine? Comment l’expliquer à partir des passages bibliques?
Le concept de filiation peut s’entendre à différents niveaux. Le plus évident et le plus commun est celui d’un père avec son fils. Il s’applique aussi en un sens abstrait à une relation père-fils spirituel. À cet effet, on sait bien que le père biologique a une mission de devenir aussi père spirituel... C’est ainsi q u’un prêtre parlera de son « fils spirituel » et celui-là de son « père spirituel ». Le premier niveau de sens étant le plus commun, arrêtons-nous au second. Chez les anciens, il était fréquent de se dire « fils d’un dieu » (cf. les noms dans 1 S 14,51 ; 2 S 23,31). Au Proche-Orient ancien, on considérait cette filiation divine comme une adoption qui devait apporter la protection du dieu. Le roi surtout était adopté par les divinités lors de son couronnement. C’était fréquent pour le pharaon en Égypte, pour les empereurs romains, et il y en a quelques traces dans la Bible, par exemple : « Tu es mon fils, moi aujourd’hui je t’ai engendré » Ps 2,7 (cf. 2 S 7,14 ; 1 Ch 22,10 ; Ps 89,27). Le peuple d’Israël est aussi appelé fils de Dieu (Ex 4,22-23 ; 2 S 7,14 ; Sg 9,7 ; 18,13). Il s’ensuit que toute personne qui a une relation spéciale avec le Seigneur est appelé son fils (Os 2,1 ; Ps 22,9 ; Sg 2,18). Si le judaïsme a appliqué les psaumes royaux au messie, il n’a cependant jamais appelé le messie fils de Dieu.
Au sujet de Jésus, de nombreux passages néotestamentaires parlent du Dieu de Jésus en terme de « Père » et de Jésus en terme de « Fils » (par exemple Mt 11,24-27 ; Mc 8,38 ; Lc 1,32 ; Jn 1,18 ; 3,35 ; 5,19.20-23.26 ; 6,40 ; 8,28 ; 10,36 ; 14,13 ; 17,1). Quant à l’expression « fils de Dieu » elle ne se trouve pas dans les évangiles synoptiques et est rare en Jean ; par contre, elle devient beaucoup plus fréquente dans les Actes des apôtres, les lettres pauliniennes et les lettre de Jean, ce qui suggère qu’il s’agit là plus d’un développement de la première théologie chrétienne qu’une conscience explicite de Jésus (ce qui ne veut pas dire qu’on se trompe en considérant Jésus comme Fils de Dieu). Il a donc fallu que la première théologie chrétienne essaie de concevoir cette relation père-fils et à l’expliquer. Il était évident que le premier niveau « biologique » ne convenait pas. Quant au second, il apparut très tôt que la simple filiation spirituelle ne rendait pas compte de la véritable relation de Jésus avec le Père. La théologie chrétienne y a donc vu la révélation du mystère de la Trinité. Mais là, on est déjà en dehors de la Bible et c’est à la théologie qu’il faut s’adresser.
Posté le 21.05.2008 par jubilatedeo
Henri de Triqueti (1803-1874)
David dictant les psaumes sous l'inspiration divine,
dessin préparatoire pour le décor de la chapelle
du Prince Albert au château de Windsor
Pouvez-vous m’informer à propos des psaumes? Y a-t-il des liens entre les psaumes et le culte au temple?
Une première réponse rapide pourrait affirmer tout simplement que tous les psaumes sont liés au culte du temple. Afin d’expliquer cette réponse, il faut rappeler ce qu’est un psaume et tenter de les situer dans l’histoire.
Qu’est-ce qu’un psaume?
Un psaume est avant tout un chant. Les 150 psaumes que nous possédons dans notre Bible sont donc des chants dont on ne possède que le texte sans mélodie. Mais, il y a pire. On n’a pas non plus les circonstances qui ont amené la composition des psaumes, mais on peut les deviner. En effet, quand chante-t-on? Surtout quand on est joyeux ou quand on est triste. C’est ainsi que, dans la Bible en dehors du livre des psaumes, il y a divers chants (appelés « cantiques ») insérés dans leur contexte. Dans un contexte d’action de grâce, il y a Ex 15 (après la traversée de la mer Rouge), Jg 5 (après la victoire de Débora et Baraq), 1 S 2 (après la naissance de Samuel); Is 38 (après la guérison du roi Ézékias), Dn 3 (le cantique des trois enfants), Jon 2 (après la libération de Jonas), Lc 1 (cantiques de Zacharie et de Marie). Dans un contexte de lamentation ou d’épreuve, il y a 2 S 1 (élégie sur la mort de Saül et Jonathan). On dit souvent en exégèse que ces cantiques sont des ajouts tardifs, surtout parce qu’ils parlent souvent de l’événement en termes généraux. La raison en est simple : si on veut que le chant serve à d’autres personnes dans des circonstances semblables, il ne doit pas être trop explicite ou détaillé. Les cantiques expriment donc habituellement l’essentiel de l’expérience pour que d’autres puissent se l’approprier.
Nous possédons 150 cantiques hors contexte, les psaumes. Il nous faut donc suppléer ce contexte original d’après leur contenu. Cela n’est pas vraiment difficile, puisque les psaumes parlent des expériences humaines fondamentales dont nous avons parlé. Ils abordent donc des joies et des peines de la vie, en termes suffisamment généraux pour que d’autres personnes se les approprient.
Dans ces circonstances, on comprend que les psaumes soient tous associés au culte. C’est en effet dans le culte qu’on remercie Dieu ou qu’on le prie au moment de l’épreuve. Ainsi, soit qu’un psaume ait été composé par des « laïcs » ou écrit directement par les prêtres, il a traversé les siècles parce qu’il a été relu et chanté par de nombreuses autres personnes au long des siècles.
Datation des psaumes
Bien que la tradition ait aimé attribuer tous les 150 psaumes à David, la critique biblique a vite montré que cette attribution n’était pas possible. Rien n’est plus difficile à dater que ces morceaux de littérature liturgique (si on admet qu’ils le soient tous), par définition anonymes et impersonnels. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce qu’il y ait, sur cette question, des opinions très divergentes. On peut reconnaître, sans tomber dans des simplifications excessives, deux tendances qui dominent l’exégèse contemporaine.
Pour les uns, les psaumes, fortement influencés par les prophètes, dateraient au plus tôt de la fin de la royauté (autour de l’an 600 avant Jésus-Christ), et beaucoup seraient postérieurs à l’exil (autour de l’an 520 avant Jésus-Christ). À une époque tardive, des scribes, qui auraient rapporté de Babylonie une érudition tout à fait nouvelle, faite de souvenirs de l’antiquité et de connaissance des littératures étrangères, auraient introduit dans les psaumes des images, des allusions aux légendes du passé, voire des restes d’une mythologie païenne désormais inoffensive pour la foi. Ainsi s’expliqueraient nombre de traits d’un apparent archaïsme, qui auraient donné le change à de nombreux commentateurs, les amenant à considérer comme anciennes des pièces récentes revêtues d’un archaïsme artificiel.
D’autres commentateurs, au contraire, insistent fortement sur les rapports que l’on soupçonne entre les psaumes et l’organisation cultuelle en Israël. Nul ne doute que la liturgie israélite ne remonte au moins aux origines du temple, aux époques davidique et salomonienne. Or, une telle organisation a certainement donné naissance, très tôt, à une poésie religieuse qui s’est transmise de génération en génération en se modifiant et en s’accroissant selon l’évolution du goût et le progrès de la révélation.
La difficulté, c’est que toute poésie de ce genre est par définition anonyme et fluctuante. Les auteurs disparaissent derrière les œuvres qui s’adaptent et évoluent. Les psaumes que nous possédons représentent un dernier état des poèmes dont certains sont anciens mais dont il est difficile, voire impossible, de retracer l’histoire.
Posté le 20.05.2008 par jubilatedeo
Comment comprendre le sens du baptême à partir de l'expression « naître d'eau et d'esprit » qui est employée en Jn 9,1-41 et Jn 3,1-21?.
Le texte sur la guérison de l'aveugle-né (Jn 9,1-41) et celui sur l'entretien de Jésus avec Nicodème (Jn 3,1-21) sont habituellement exploités pour leur teneur baptismale. Ces deux textes recèlent effectivement des expressions et des images apparentées au baptême comme celle que vous invoquez (naître d'eau et d'esprit). Il y en d'autres encore comme: « naître d'en haut », « venir de Dieu », « voir le Royaume », « lumière » et enfin, « eau », symbole par excellence du baptême. Que nous disent ces expressions et ces images sur le baptême?
Une source : l'amour de Dieu
« Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais qu'il ait la vie éternelle » (Jn 3,16). Ce verset (voir aussi Jn 3,13-17; 9,1-5) présente une belle synthèse de l'histoire du salut: la vie prend sa source dans l'amour de Dieu et le Fils unique la répand dans le monde. L'intervention amoureuse de Dieu déclenche un processus au bout duquel l'humain accède à la vie éternelle. Dieu envoie son Fils unique. Celui-ci manifeste historiquement et définitivement les ouvres du Père. Le seul descendu du ciel, le Fils est aussi le seul à rendre visibles Dieu et son Royaume. L'élévation sur la croix procure la vie. Seul, le Fils épouse l'intention du Père (Jn 3,15-16b): la vie éternelle donnée à quiconque croit. Jean écrira (3,14-15): « Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l'homme, afin que quiconque croit ait par lui la vie éternelle ». Le baptême... quel sens? La rencontre de Jésus avec Nicodème, dans l'Évangile de Jean, constitue sans doute l'allusion la plus directe au baptême. Le sens y affleure à travers une formule saisissante: « naître d'eau et d'esprit » (v. 5). Cette dernière expression en rejoint d'autres, aussi révélatrices, du même récit: « venir de la part de Dieu », « Dieu est avec lui », « naître d'en haut ». Dans « naître d'eau et d'esprit », le mot « eau » suggère un contact significatif et effectif avec l'eau. Selon Ézéchiel, l'eau symbolise l' esprit: « Je répandrai sur vous une eau pure... je mettrai en vous un esprit nouveau... » (Ez 36,25-27). Ici, l'expression « naître d'eau et d'esprit » signifie « naître de l'eau qui est esprit » et réfère à l'action de Dieu qui engendre l'humain à une nouvelle vie.
Le mot « eau » rappelle le baptême, car dans l'action de baptiser, il y a contact avec l'eau. D'ailleurs, le verbe grec baptizein (voir Rm 6) signifie étymologiquement: « plonger (dans l'eau) », « imbiber », « inonder », « immerger », « noyer », « couler (un bateau) ». Ainsi, s'accomplit la naissance de l'humain à la grâce: dans une sorte de rupture du courant de vie, relié à l'eau, à l'Esprit (voir Ézéchiel). L'immergé, qui reçoit la vie même de Dieu, meurt à la chair comme par noyade. Il cesse d'exister en « être » né de la chair (voir Jn 3,6a) pour devenir un « être » né de l'esprit (voir Jn 3,6b), apte à voir le Royaume et à participer à la vie éternelle. Sa plongée dans l'eau empêche tout contact avec le péché et la chair. Une relation nouvelle avec l'Esprit devient alors possible. En Jn 3,9-15, la réponse de Jésus à la question « comment cela peut-il se faire? » suggère que cette naissance s'opère dans la participation à la vie du Christ et dans la foi en lui. Belle allusion aux deux dimensions du baptême exprimées en Rm 6, Ga 6,15 et en 2 Co 5,17. Les baptisés sont morts à la chair, morts avec Christ et ensevelis avec Lui. Par le baptême, ils sont aussi ressuscités avec Lui. Ainsi l'ancienne vie se termine et ils accèdent à une vie nouvelle.
Venir d'en haut
« À moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (v. 3). Cette affirmation de Jésus à Nicodème suggère que « naître d'en haut » permet de « voir le Royaume et d'y entrer ». Le Royaume dont il s'agit consisterait en une participation à la vie même de Dieu, au partage de la destinée du Fils unique et à la découverte de la présence agissante, en ouvres et en paroles, du Père et du Fils. La dynamique de l'entretien de Jésus avec Nicodème, en particulier l'affirmation du v. 2 et la répartie du v. 3, rappellent les expressions « venir de la part de Dieu » et « naître d'eau et d'esprit ». En effet, Nicodème veut que Jésus révèle sa propre identité (tu viens de la part de Dieu). En guise de réponse, Jésus invoque l'identité de tout croyant (Nul ne peut [...], il vous faut naître). Il n'insiste pas sur sa propre situation d'homme qui fait des signes puisqu'il est habité par Dieu, mais sur la situation de tout homme. Le « naître d'en haut » ne le concerne pas. « L'engendrement d'eau qui est esprit » est offert à Nicodème et à tout humain qui veut ressembler au Fils unique.
Lorsque Jésus affirme que « voir le Royaume » dépend de la naissance d'en haut, c'est-à-dire « d'eau qui est esprit », il suggère que l e baptême associe le croyant à sa propre destinée. En Rm 6,3-11, la visée du baptême est soulignée par un retour de la préposition « avec » jointe à d'autres termes: vivre avec, rendre la vie avec, souffrir avec, uni avec, mourir avec, être glorifié avec, ressusciter avec, être enseveli avec, être crucifié avec, hériter avec. Ces constructions soulignent la ressemblance du sort et l'unité de vie du chrétien « assimilé au Christ ». Il est « né ou vient d'en haut », puisque Christ l'a élevé lors de sa propre élévation sur la croix et lui a donné la vie éternelle par la foi. Membre de son corps, il répand sa lumière.
Témoins du Dieu qui les habite
À la naissance d'eau qui est Esprit correspondent des oeuvres dignes de l'identité acquise. Il s'agit de marcher en nouveauté de vie puisque les croyants viennent d'un Dieu qui leur a communiqué sa propre vie. Des oeuvres mauvaises ne conviendraient plus à leur condition: « celui qui fait la vérité vient à la lumière afin que soit manifesté que ses oeuvres sont faites en Dieu. » (Jn 3,19) Les disciples sont ainsi appelés à témoigner du Dieu qui les habite.
Posté le 19.05.2008 par jubilatedeo
J’ai entendu dire que les Évangiles originaux ont été écrits en grec et en hébreu. Mais, est-ce que ce sont là des langues que parlait Jésus? Si non, pourquoi a-t-on écrit les Évangiles en ces langues?
Les quatre Évangiles canoniques ont été écrits en grec. Il n’y a que l’Évangile de Matthieu qui est soupçonné d’avoir eu un original en araméen. Cette information nous provient de Papias, évêque de Hierapolis (Phrygie) qui a vécu au début du IIe siècle. Ses paroles sont rapportées, deux siècles plus tard, par un autre évêque, Eusèbe de Césarée, dans son Histoire ecclésiastique (Hist. Ecc. III, 39, 15-16), mais nous n’avons jamais retrouvé ce document et nous sommes loin d’être sûr qu’il ait vraiment existé car c’est la seule trace ancienne que nous ayons de son affirmation. Les Pères de l’Église (Irénée de Lyon, Origène, Jérôme) qui l’affirmeront par la suite, ne peuvent être considérés comme des sources indépendantes car ils doivent tenir leur information de Papias.
Il y avait trois langues parlées en Palestine à l’époque de Jésus. L’araméen, l’hébreu et le grec. On n’a retrouvé que peu de traces de latin. La langue de l’administration et de l’élite était le grec. Les gens qui habitaient les villes longeant le bassin méditerranéen et les Juifs de la diaspora parlaient également le grec, mais à l’intérieur des terres et surtout en Galilée, les gens parlaient l’araméen car c’était, à cette époque en Palestine, la langue qui était la plus répandue. Flavius Josèphe écrivit sa première version de la Guerre des Juifs en araméen et Bar Kokhba, à Jérusalem, écrivit la majorité de ses lettres en araméen. Les villageois de Galilée ne parlaient pas le grec. Ils ne commencèrent à parler grec qu’au IIe siècle après J.C., lorsque le Sud de la Galilée fut urbanisé. Dans le Nord de la Galilée, on ne retrouva que peu d’inscriptions de langue grecque. Elles étaient en hébreu ou en araméen.
L’hébreu était surtout parlé en Judée. En Galilée, certains le parlaient, bien sûr, mais c’était surtout la langue sacrée, celle des rituels funéraires, celle des prières qu’on apprenait par cœur puisqu’à cette époque les traditions étaient plutôt orales (très peu de gens savaient lire et écrire). L’hébreu ne devint une langue très répandue, en Galilée, qu’au IIIe et IVe siècles. Cette expansion commença au IIe siècle, lorsque les rabbins s’enfuirent de Jérusalem en Galilée après la seconde révolte juive : la révolte de Bar Kokhba (132-135). Ils s’établirent à Beth Shearim d’abord, puis à Sepphoris et à Tibériade. Ils ouvrirent là des écoles rabbiniques. Juda le Prince (début du IIIe siècle) y écrivit la Mishnah et eut sur la région (et dans la diaspora) une influence considérable.
Quelle langue Jésus parlait-il? Dans les Évangiles, il utilise des expressions araméennes : « Talita qoum » (Mc 5,41), « Ephphata » (Mc 7,33). Marie de Magdala s’adresse à lui en lui disant « Rabbouni » (Jn 20,16). Jésus parlait l’araméen. Parlait-il hébreu? Les paroles qu’on lui rapporte au moment de sa mort (et qui constituent pourtant les paroles du Ps 22) : « Eloï, Eloï lama sabaqthani » (Mc 15,34) sont également en araméen, et non en hébreu.
Jésus parlait-il grec? Le grec était la langue de l’administration et de l’élite. Or, les paroles de Jésus contre « ceux qui vivent dans les palais des rois » (Lc 7,25) ne nous laissent pas supposer qu’il les fréquentait ou qu’il en partageait la langue. Jamais on ne mentionne, dans les Évangiles, son passage dans la ville de Séphoris, ville hellénisée, pourtant proche de Nazareth. Par contre, certains de ses disciples, comme Philippe et André (qui avaient des noms grecs) devaient le parler puisqu’ils servaient d’intermédiaires entre « les Grecs » et Jésus (Jn 12,20-22).
Si Jésus parlait araméen, pourquoi les Évangiles ont-ils été écrit en grec? Parce que, premièrement, ils n’ont pas été écrits en Palestine : l’Évangile de Matthieu aurait été écrit à Antioche de Syrie; la couche finale de l’Évangile de Marc, à Rome; l’Évangile de Luc à Achaïe en Grèce; la couche finale de l’Évangile de Jean à Éphèse. Mais les évangélistes ont utilisé, par contre pour les écrire, des collections de Paroles de Jésus qui provenaient de Galilée ainsi que des traditions particulières (traditions orales) qu’ils ont agencé différemment dans chaque Évangile selon leurs perspectives théologiques et le vécu de leurs communautés. Certains Évangiles ont même des sources qui leurs sont propres. Deuxièmement ces récits s’adressaient à des gens de langue grecque. S’ils avaient écrit les Évangiles en araméen, les gens n’auraient rien compris et il leur aurait peut-être fallu imiter Esdras, à une autre époque, qui fut obligé de « faire comprendre » aux gens auxquels il s’adressait « ce qui était lu » (Ne 8,8).
De plus, l’écriture de ces Évangiles en grec représente également l’ouverture de la révélation à toutes les nations : aux Juifs comme aux païens. Dans le contexte linguistique de l’époque cela signifie que la Nouvelle Alliance devenait accessible à tous les hommes de l’univers où tous, « circoncis » comme « non-circoncis », sont réunis dans le Christ (Ep 2,11-18).
Rappelons, en passant, que la vraie langue de notre tradition chrétienne est le grec et non le latin! Nous ne pouvons le nier sans nier en même temps nos textes fondateurs... Cette langue fut d’ailleurs conservée par nos frères d’Orient. La reconnaissance de cet héritage commun pourrait devenir, à l’égard de ces frères, un vrai lieu de dialogue…