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jubilatedeo
Description du blog :
Catéchèse catholique -Messe du jour (commentaire et homélie) -Les Saints du jour (leurs vies)
Catégorie :
Blog Religion
Date de création :
28.05.2007
Dernière mise à jour :
04.11.2009

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Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 30 (FIN)

Publié le 19/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXX :
Récapitulation ou abrégé de tout ce qui est contenu dans cet ouvrage.

J'espère que les personnes affligées, de quelque nature que soit leur affliction, trouveront dans ces sentiments de quoi se consoler dans leurs peines, et de quoi en adoucir l'amertume. J'espère de même, que celles qu'une crainte excessive jette dans le trouble et dans l'abattement, trouveront dans toutes les réflexions de ce livre, de quoi se calmer dans leurs alarmes. C'est en leur faveur que je crois devoir, avant que de finir, faire un précis de tout ce qui est contenu dans le cours de ce Traité ; afin que ceux qui le liront voient tout à la fois, et comme d'un coup d'œil, le nombre et la force des preuves que j'ai employées, l'ordre et la convenance des réponses que j'ai faites aux objections que la tentation leur suggère, en sorte que les unes et les autres fassent toutes ensemble sur leur esprit une impression plus forte.
Quoiqu'il y ait une crainte salutaire, qui ne doit jamais sortir du cœur du juste, il y en a cependant dont l'excès est à craindre, et dont les effets sont funestes. Ces effets sont le découragement et la tristesse, mais principalement l'affaiblissement de la tendresse dans l'amour qu'on doit à Dieu. C'est cette tendresse que Dieu attend de nous, dont il nous montre le modèle dans la tendresse avec laquelle il nous aime lui-même. C'est cette tendresse que l'homme timide et défiant ne goûte point, et qui ne se trouve ordinairement que dans la vive confiance en la bonté de notre Sauveur, qui est cette confiance que j'ai prétendu inspirer.
Rien n'est plus solide que cette confiance, puisqu'elle est établie sur la puissance de Dieu, sur la vérité de Dieu, et ce qui est encore plus propre à l'exciter en nous, sur une bonté et une miséricorde incompréhensible, que la multitude de nos crimes ne l'a point rebutée et que l'étendue de ses bienfaits infinis ne l'a point épuisée.
Mais si cette confiance est solide, elle ne paraît pas moins indispensable. Les avantages que nous y trouvons suffiraient pour nous obliger de nous livrer à ses doux sentiments ; puisque c'est elle qui honore Dieu d'une manière plus noble et plus glorieuse, et qu'en elle nous trouvons la joie et le repos du cœur, la ferveur de la charité, la force dans les tentations, la consolation dans nos peines, et par conséquent une puissante ressource pour notre salut.
En vain l'âme trop timide se laisse-t-elle effrayer à l'excès par la sévérité des jugements de Dieu, puisque ce Dieu de bonté est pour nous encore plus aimable que terrible ; que c'est même, ce semble, pour nous favoriser, qu'il remet notre jugement entre les mains de Jésus-Christ son Fils fait homme comme nous, et par cet endroit plein de bonté, d'humanité et de compassion pour ceux dont il a bien voulu devenir le frère, l'époux et l'ami, et dont il a voulu éprouver les infirmités et les faiblesses. Comment ne pas espérer un jugement favorable d'un juge si compatissant pour ses frères, et si tendre pour ses amis, et qui même semble intéressé par sa propre gloire, autant que par sa tendresse, au succès favorable de ce jugement ? Mais quel moyen d'être effrayé, quand ce juge veut bien en même temps nous servir d'avocat et d'intercesseur, et que pour suppléer au défaut de mérite qui est en nous, il veut bien couvrir notre misère de tous ses propres mérites, et nous donner, par son sang, de quoi exiger de Dieu son père, par une espèce de justice, la miséricorde que nous en espérons ?
Si cette âme effrayée veut encore nourrir ses défiances par le spectacle de ses crimes ou de ses imperfections, elle trouve encore de ce côté-là de quoi se rassurer, lorsqu'elle voit les sentiments de bonté que Dieu montre, non seulement pour les justes, mais particulièrement pour les pécheurs ; puisqu'il les aime, et qu'il les aime même tout pécheurs qu'ils sont ; qu'en cet état il les regarde non seulement avec compassion, mais même avec tendresse ; qu'il les appelle, qu'il les recherche, qu'il les attend, qu'il les reçoit comme le père de famille dans l'Évangile reçoit l'enfant prodigue, sans exiger d'eux d'autre prix du pardon qu'il leur accorde sans délai, que la douleur, la confiance et l'amour ; qu'il les prévient même pour former et exciter en eux ces sentiments ; et que jusqu'à ses reproches, ses châtiments et ses menaces, tout est tendre et aimable dans ce Dieu de bonté.
Voilà ce qui doit calmer les défiances de cette âme timide, et ce qui doit ouvrir son cœur aux deux sentiments d'une tendre confiance en notre Sauveur. Il n'y a plus après cela qu'un sujet qui l'effraie, c'est le petit nombre des élus. Mais on trouve encore de quoi se rassurer contre les terreurs d'une vérité si effrayante. Quelque effrayante qu'elle soit en elle-même, elle ne l'est plus pour l'âme juste qui a sujet de croire qu'elle est de ce petit et heureux nombre, qui en reconnaît les marques, et voit que Dieu, plein de miséricorde pour elle, la favorise de ces dons particuliers et personnels qu'il fait principalement à ceux qu'il aime d'un amour singulier, qu'il l'a conduite par les mêmes routes qu'il a préparées à ceux d'entre ses élus qui sont déjà couronnés.
C'est ce que peuvent reconnaître ces âmes, ou justes, ou pénitentes, que la grâce de Dieu attire à lui, et que le démon s'efforce de troubler par des craintes déraisonnables, pour les retenir par là dans les liens du péché, ou pour les y faire rentrer ; mais c'est ce que reconnaîtront encore plus clairement ceux que Dieu a faits participants de la croix du Fils, qui passent leur vie dans l'amertume et dans l'affliction de quelque coté qu'elle vienne, et de quelque nature qu'elle soit. Pour ceux-ci, la prédestination est non seulement vraisemblable, mais même il semble qu'elle soit presque certaine ; puisqu'ils trouvent dans cet état la vocation la plus efficace, l'expiation de leurs fautes passées la plus entière, et la précaution contre le péché la plus infaillible, et par conséquent la persévérance la plus certaine.



Conclusion de l'ouvrage.

Il faut se confier en Dieu sur les biens terrestres. Il faut se confier de même en lui sur son salut et sa prédestination.
Concluons tout ce traité par une réflexion qui, confirmant tout ce que nous venons de dire des marques de la prédestination, confirme également tout ce que nous avons établi dans cet ouvrage ; touchant l'effet que la confiance en la miséricorde de Dieu doit produire en nous. On convient assez qu'il faut nous confier en la providence de Dieu pour tous nos besoins temporels, pour notre santé, nos biens et notre vie ; qu'il faut que cette confiance bannisse les troubles et les inquiétudes qu'éprouvent souvent les âmes attachées aux biens de ce monde ; quoiqu'il ne faille pas tenter Dieu, ni abandonner, sous prétexte de confiance, le soin de ses affaires temporelles, nous savons cependant qu'il faut s'appuyer sur cette providence universelle, qui prend soin de fournir à la nourriture de ceux qui se confient en elle. Nous avouons que plus cette confiance est paisible, plus notre christianisme est pur, et notre vertu est parfaite. N'y aurait-il que notre salut pour lequel nous ne mettrions pas en Dieu toute notre confiance ? Est-ce donc qu'il aurait moins d'empressement pour nous sauver que pour nous nourrir ; et nous pardonnerons-nous sur ce sujet des défiances que nous n'oserions nous permettre sur les besoins de notre vie ?
Il est vrai que toute la terre est à lui, qu'il tient en sa main toutes nos richesses, qu'il est le maître de notre santé et celui de notre vie. Il est, dit l'Ecriture, le Dieu de la vie et de la mort. Mais n'est-il pas aussi appelé le Dieu de notre salut, c'est-à-dire, celui qui désire notre salut, qui travaille à notre salut ? Pourquoi donc ne dirons-nous pas de notre salut éternel, auquel, j'ose le dire, notre Dieu s'intéresse plus que nous, ce que nous dirions avec confiance des secours temporels que nous attendons de lui ?


Traité de la Confiance en la Miséricorde de Dieu
Par Monseigneur LANGUET, archevêque de Sens, membre de l'académie française.
1718


Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 29

Publié le 18/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXIX :
Quatrième et dernière preuve. Les afflictions forment en nous la ressemblance avec Jésus-Christ. Cette ressemblance consomme la prédestination.

Consommons la preuve de cette vérité par le dernier caractère de la prédestination, ou plutôt par l'unique caractère de la prédestination, puisqu'il renferme tous les autres. Nous trouverons heureusement ce beau caractère dans les personnes que Dieu afflige. Quel est-il ? Je l'ai dit, et on le sait assez. C'est la ressemblance avec Jésus-Christ. Ceux que Dieu a choisis, dit l'Apôtre, il les a prédestinés à être conformes à Jésus son fils, et à porter en eux l'heureuse ressemblance avec ce Fils bien-aimé, qui a été sur la terre un homme de douleurs, qui a éprouvé toutes nos misères, et qui a été rassasié d'opprobres.
Dieu a créé l'homme, dit Tertullien, à l'image de son Fils. Il avait alors dans son idée la nature que ce Fils devait prendre en venant sur la terre, et il voulait que ce Fils fût le modèle sur lequel il créa le premier homme. Telle est la pensée de ce Père. Quoi qu'il en soit de cette pensée, on peut dire que Dieu a encore plus sûrement le même dessein dans la sanctification de l'homme, dont la sainteté de Jésus-Christ est le modèle ; en sorte que si l'homme est destiné à participer dans le Ciel à l'état de gloire du Fils de Dieu, il est destiné à participer auparavant sur la terre à l'état de ses souffrances. Il est obligé de porter sa croix avec lui, de la porter comme lui, et de consommer, en union de sa mort sur cette croix, le sacrifice qu'il attend de sa fidélité. Si quelqu'un veut venir après moi, dit ce Fils bien-aimé, qu'il porte sa croix, qu'il la porte tous les jours, et qu'il me suive.
Je ne m'arrêterai point à prouver la nécessité indispensable qui nous est imposée de remplir cette obligation, et de former en nous cette sainte conformité. On ne l'ignore pas : mais je voudrais qu'on sentît davantage la consolation qu'elle doit produire dans le cœur de celui en qui les malheurs et la pauvreté, les souffrances ou les persécutions ont commencé de former une si heureuse ressemblance.
Car enfin, dès que la conformité avec Jésus-Christ emporte avec soi une liaison étroite avec la prédestination ; que celle-ci ne peut être sans cette conformité, et que cette conformité est le moyen le plus assuré pour y conduire ; que doit penser celui que Dieu prend soin lui-même, par des afflictions salutaires, de rendre semblable à son Fils ? Que doit penser celui à qui il fait part de ce calice d'amertumes, que ce Fils bien-aimé a bu pour nous jusqu'à la lie, et qu'il cloua, pour ainsi dire, avec lui à sa croix ? Doit-il résister, s'affliger et se plaindre ? Non sans doute. Mais quoi, doit-il s'inquiéter sur son salut et sur sa prédestination, se troubler dans la crainte de n'être pas dans le bon chemin, et écouter le tentateur, lorsqu'il lui suggère, que la miséricorde n'est plus destinée pour lui ? Hélas ! il n'a qu'à se laisser aller à la conduite de son Dieu, et acquiescer à ses volontés. Il n'a, pour ainsi dire, qu'à le laisser faire et se reposer sur lui. Puisque ce Dieu de bonté a commencé de le mettre dans la voie du salut, il saura l'y conserver et l'y soutenir. Alors, cet homme, trop heureux de ressembler en quelque chose à Jésus-Christ, bien loin de s'affliger de ce que les hommes appellent fléaux de Dieu, doit trouver dans ce qu'il souffre la consolation même de sa peine. Il doit dire avec le prophète, Seigneur, la verge de votre justice et le bâton de votre colère ont fait ma consolation. Que les gens du siècle s'affligent de vos châtiments ; qu'ils désirent de les détourner ; qu'ils cherchent dans les créatures et dans les amusements du monde des consolations frivoles ; qu'ils vous adressent leurs vœux pour obtenir la délivrance de ces peines salutaires, pour moi ô mon Dieu ! je n'ai qu'une prière à vous faire, et qu'un unique désir. Je veux porter l'aimable croix de mon Sauveur, la porter comme lui, y être attaché avec lui, y mourir même avec lui. Cette croix me tiendra lieu de tout ; et quand toutes les consolations de la terre m'auraient abandonné, elle sera elle-même ma consolation. Avec elle je ne craindrai ni les tentations ni le tentateur ni tout l'enfer armé pour me perdre. Possédant ce précieux gage de ma prédestination, je ne me livrerai plus aux timides alarmes où ma défiance m'a jeté jusqu'ici ; et, mettant dans ce trésor toute ma confiance, les afflictions seront désormais à mes yeux des marques consolantes de votre choix ; et la manière dont je les souffrirai, sera à vos yeux une preuve éclatante de mon amour.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 28

Publié le 17/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXVIII :
Troisième preuve. La précaution la plus assurée contre le péché se trouve dans l'affliction.

Quelle est en effet la source la plus ordinaire du péché ? C'est l'abondance et le plaisir, la puissance et la gloire. Voilà ce qui engendre la sensualité, la vanité, la malignité, le mépris des hommes, l'oubli de Dieu, souvent même l'anéantissement de la foi. Quel moyen plus sûr de se précautionner contre ces égarements, que l'affliction ? Il y en a deux raisons sensibles. L'une, c'est que les afflictions apprennent à craindre la puissance et la justice de celui qui renverse, quand il veut, nos projets, notre puissance et notre orgueil, et qui venge tôt ou tard le mépris de sa loi. L'autre, c'est que l'effet propre des pertes et des afflictions salutaires que Dieu nous prépare, est de nous séparer des objets qui formaient nos attachements, et qui causaient le dérèglement de notre cœur.
J'en appelle encore au témoignage de ceux qui pourront lire cet écrit, et qui seront peut-être dans l'état d'affliction dont je loue les avantages. S'ils se rendent justice à eux-mêmes, ils avoueront qu'ils n'ont commencé à cesser de pécher, que lorsque Dieu a appesanti sa main sur eux, pour leur en ôter les occasions, et pour briser, dans sa colère, les idoles terrestres qui partageaient les adorations de leur cœur. En sorte que s'il leur rendait les biens ou les plaisirs dont ils les a privés, ils seraient peut-être encore livrés aux mêmes passions qu'autrefois, parce qu'ils auraient les mêmes facilités de les contenter.
Vous vous affligez de ce que vos infirmités ne finissent point. Vous traînez dans les remèdes une vie languissante. Vous êtes devenu inutile au monde, et les compagnies cessent de vous chercher. Si votre santé était parfaite, vous seriez comme autrefois de tous les plaisirs de la cour ou de la ville. Les bals, les spectacles, les jeux et les compagnies vous reverraient comme autrefois. Vous chercheriez comme alors à perdre votre temps dans ces amusements criminels. Le monde ne se passerait pas de vous, et vous ne pourriez vous passer du monde ; les charmes de vos attraits, que la langueur a peut-être effacés, enchaîneraient de nouveau les cœurs de vos adorateurs, et vous entraîneraient avec eux dans l'iniquité.
Vous vous attristez de ce que la fortune, si favorable à d'autres, n'a eu pour vous que des rebuts. Hélas ! si elle vous eût ri comme à eux, elle vous eût enivré comme eux. Comme eux, vous eussiez oublié dans l'élévation un Dieu que l'orgueil méconnaît, et qu'on ne sert que dans l'humilité. Vous eussiez été comme les autres fier et orgueilleux, hautain et méprisant, injuste dans vos prétentions, cruel dans vos vengeances, négligent dans vos devoirs, comme le sont la plupart des grands, dont vous enviez la fortune.
Vous êtes chagrin de ce que vous êtes dans la pauvreté. Mais si vous étiez riche, seriez-vous plus saint ? Ne seriez-vous pas au contraire plus sensuel et plus vain dans votre dépense, puisque vous ne désirez les biens que vous n'avez pas que pour vous procurer des vanités, des commodités, et des plaisirs que la pauvreté vous refuse ?
C'est donc pour vous un avantage d'être infirme, d'être pauvre, d'être disgracié de la fortune ; puisque ces malheurs vous ont tiré d'un état qui est pour tous les autres une occasion prochaine de chutes et qui, peut-être, l'a été aussi pour vous autrefois. Or, quelle marque plus sûre du dessein miséricordieux que Dieu a formé de vous sauver de la perdition commune, que de lui voir prendre les moyens les plus efficaces d'en éloigner les occasions ? Pouvez-vous douter après cela, qu'il ne veuille vous compter au nombre de ceux qu'il a choisis pour le Ciel ? Ce n'est pas ainsi qu'il traite ceux dont l'endurcissement l'oblige à les réprouver. Il les laisse courir au gré de leurs désirs ; et comme le dit saint Cyprien, il laisse ces funestes victimes de sa colère s'engraisser à loisir des richesses du siècle, afin de les immoler ensuite avec plus de gloire à sa vengeance.
Mais pour ceux qu'il a prédestinés, il ne souffre pas qu'ils s'écartent de la route du salut sans les punir ; et s'ils s'en sont éloignés, c'est par l'affliction qu'ils les y ramène. C'est ainsi qu'il a traité tous ceux qui ont été avant vous, l'objet de ses faveurs les plus précieuses. S'il vous traite aujourd'hui comme eux, c'est une marque qu'il vous chérit comme eux, et qu'il veut par les mêmes épreuves vous conduire aux mêmes couronnes.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 27

Publié le 16/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXVII :
Seconde preuve. C'est dans les souffrances que se trouve l'expiation
la plus sûre du péché.

Avantage des afflictions involontaires au-dessus des pénitences volontaires.
Ce que j'ai dit de la vocation, je le dis de même de l'expiation du péché et de la précaution pour ne le plus commettre. L'un et l'autre que l'on sait essentiellement nécessaire au salut, ne se trouve ordinairement que dans les afflictions et dans les souffrances.
Pour ce qui est de l'expiation du péché, qui est-ce qui, sans les malheurs involontaires de la vie, les maladies, les accidents, les chagrins, les contradictions, les douleurs et les pertes, songerait à expier tant de crimes commis autrefois, et tant de fautes journalières, qui se renouvellent à chaque moment ? On sait cependant, qu'il n'y a point de salut sans la pénitence ; et on ne peut se résoudre à la faire : ou si on la fait, elle est si molle et si lâche, qu'elle ne peut être d'un grand mérite. On vivrait dans cet état, et pour n'avoir pas voulu faire pénitence, on se trouverait peut-être condamné à faire éternellement dans les flammes de l'enfer la pénitence infructueuse des démons, si Dieu miséricordieux ne préparait lui-même des moyens pour tirer de nous une satisfaction que sa justice exige, et que notre lâcheté lui refuse.
C'est là ce qui doit rassurer ceux qui, dans l'affliction, craignent que la pénitence qu'elle leur fait faire ne soit pas agréable à Dieu, parce qu'elle n'est pas volontaire, C'est une erreur ; et je puis assurer ceux qui sont dans cette crainte, que les peines que Dieu leur impose sont aussi propres à expier saintement leurs iniquités, que les macérations de la chair les plus austères qu'ils pourraient s'imposer par leur propre choix. Je les crois même en un sens plus propres à apaiser la justice de Dieu. Car, premièrement, ces afflictions portent certainement le caractère de la volonté de Dieu sur nous ; puisqu'il ne nous arrive rien sans une disposition salutaire de sa providence ; caractère que n'ont pas toujours les macérations volontaires, que le caprice règle aussi souvent que la dévotion.
Secondement, elles sont souvent plus rigoureuses, et par là plus propres à satisfaire pour nos péchés. Car, quelle différence entre les jeûnes, les disciplines, ou le cilice d'un solitaire, et les vives douleurs d'une maladie opiniâtre ; les contradictions perpétuelles d'un mari ou d'un maître, dont il faut essuyer à tout moment les bizarreries ; les extrémités où la pauvreté réduit ; le trouble et l'humiliation qu'apporte la perte de la réputation et la ruine de sa fortune.
Troisièmement, elles sont plus humiliantes et plus propres à porter l'homme à renoncer totalement à lui-même. Souvent l'amour-propre qui se trouve dans le choix des austérités volontaires, la vanité qu'elles inspirent, les louanges qu'elles attirent, en corrompent tout le mérite. Mais les croix involontaires que la providence de Dieu nous a ménagées pour notre salut, n'ont rien de pareil. Le monde ne sait point tenir compte de ces peines. Il n'y a rien de brillant dans ces malheurs, rien qui attire les applaudissements, ou qui contente l'amour-propre : au contraire, il est enseveli tout entier sous les ruines de la fortune, de la santé, ou de la réputation. Celui qui est tombé aujourd'hui dans ces disgrâces, sent bien qu'il n'y trouve pas de quoi s'en glorifier. Ainsi Dieu, par des malheurs involontaires, prépare-t-il à ses prédestinés un moyen plus efficace et plus sûr d'expier leurs péchés. Mais il n'est pas moins vrai qu'il leur offre, par le même moyen, une précaution aussi efficace contre le péché.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 26

Publié le 15/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXVI :
Preuve de la vérité précédente.
Premièrement ; c'est dans les souffrances que se trouve la vocation la plus efficace.

Je demande en effet : qu'est-ce qui peut contribuer plus efficacement à notre salut ? Qu'est-ce qui fait les saints et les prédestinés ? C'est premièrement, comme je l'ai dit auparavant, la vocation efficace de Dieu, c'est l'expiation des péchés commis, c'est la précaution contre les rechutes ; et ce qui renferme tout le reste, c'est la ressemblance avec Jésus-Christ. Il n'en faut pas davantage assurément pour faire un saint, et pour reconnaître un prédestiné. Or, où chercher tous ces avantages ? Dans la souffrance. C'est là où vous les trouverez tous. C'est donc là où vous trouverez l'assurance de la bienheureuse prédestination.
Premièrement, on y trouve la vocation efficace de Dieu. Dieu appelle, il est vrai, tous les chrétiens. La sagesse, dit l'Ecriture, élève sa voix dans les places publiques, elle invite tout le monde indifféremment à venir à elle. Mais la plupart entraînés par leurs occupations terrestres, n'écoutent pas même sa voix. Le père de famille convie tous ses voisins aux noces de son fils ; et aucun de ceux qu'il a invités ne veut s'y rendre. L'un est riche et occupé de ses biens ; l'autre songe à le devenir et fait des acquisitions ; un autre pense à jouir des plaisirs de la vie : tous ont des excuses, et aucun ne profite du festin qui leur était préparé. Le père de famille irrité de leur négligence et de leur mépris, les abandonne à leurs occupations terrestres qui font leur bonheur, et qui le termineront. Il transporte la faveur qu'il voulait leur faire, aux pauvres, aux infirmes, aux misérables que tout le monde méprise. Ce sont ceux-là qui entrent au festin, mais comment y entrent-ils ? On leur fait une espèce de violence pour les y faire entrer. On les presse, on les pousse, on les contraint, pour ainsi dire. Quelle est cette contrainte dont parle ici figurément la parabole ? C'est celle des afflictions, qui détachent une âme, en quelque sorte malgré elle, du monde qu'elle aimait, et l'obligent de se rendre aux invitations de son Dieu qu'elle méprisait tandis qu'elle était heureuse. Aussi le Fils de Dieu, voulant nous préparer à cette application de sa parabole, y a-t-il ajouté comme une conclusion : il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Comme s'il disait : il est vrai qu'il y en a peu de choisis est beaucoup d'appelés ; mais vous voyez ici qui sont les uns et les autres. Les heureux du siècle sont appelés, et souvent ils ne sont pas choisis, mais les malheureux et les pauvres sont, pour ainsi dire, contraints d'entrer au nombre des élus.
C'est là ce qui nous instruit des deux moyens dont Dieu se sert pour nous attirer à lui. Il invite les uns avec douceur ; il y en a d'autres qu'il presse, qu'il terrasse, qu'il enchaîne, qu'il oblige par une espèce de violence de se rendre à lui. Cette violence ne tombe pas sur leur volonté, car la volonté est toujours libre, et la grâce ne la nécessite point ; mais elle tombe sur ce qui l'environne, sur les objets de ses attachements que Dieu lui enlève avec violence, pour l'obliger de s'en détacher. Il traite ces âmes qu'il veut soumettre à lui, comme un prince traite une ville ennemie qu'il veut réduire sous son obéissance. Il ruine ses remparts, il renverse ses bastions, il affaiblit ses défenses, il lui ôte tout commerce avec ses ennemis, il la presse par la faim et par les assauts redoublés ; et tôt ou tard il l'oblige à se rendre à lui. Telle est la seconde sorte de vocation que Dieu emploie pour nous appeler.
Or, il est aisé de voir laquelle des deux est la plus pressante, et par conséquent la plus efficace. On sait, hélas ! qu'il y en a bien peu qui se rendent aux douces invitations de la grâce, et que pour un qui sacrifie à Dieu de bon cœur les avantages de la vie qu'il pourrait goûter en liberté, il y en a mille qui n'en viennent à ce sacrifice que par la force des afflictions. Encore combien de temps un cœur rebelle est-il à combattre ? On s'appuie tant que l'on peut sur tout ce qui environne : on épuise toutes les ressources humaines avant que d'en venir jusqu'à rendre les armes, et à s'avouer vaincu. On fait comme ces passagers qui, étant dans le vaisseau qui portait le prophète Jonas, se trouvèrent en danger de périr avec lui : chacun invoqua son dieu, le dieu qu'il connaissait, le dieu qu'il adorait, le dieu qu'il aimait. Ainsi en usons-nous lorsque notre Dieu nous afflige pour nous ramener à lui. Il y a d'autres dieux que notre cœur adore, et auxquels il a recours. Ce sont les richesses, la fortune des parents, ses protecteurs, sa propre habileté, sur laquelle on compte toujours. Ce sont là les dieux en qui on met sa première confiance, et à qui on dit, délivrez-moi, sauvez-moi. Mais ces dieux sont impuissants, on reconnaît bientôt leur faiblesse, et lorsqu'on est plongé dans une amertume dont aucun secours humain ne peut tirer, on recourt enfin à Dieu, on l'invoque, on reconnaît sa justice, on se soumet à ses volontés, et on est comme forcé de prendre ce parti, parce qu'on n'a plus d'autre ressource pour se consoler dans sa peine.
Combien y en a -t-il qui reconnaîtront, par leur propre expérience, la vérité de ce que j'avance ici, et qui avoueront avec justice que, si Dieu ne les eût détachés du monde par des afflictions, s'il n'eût répandu de salutaires amertumes sur les objets de leurs passions, s'il n'eût semé d'épines le chemin de l'ambition, ou celui des plaisirs, pour les en dégoûter, ils auraient conservé jusqu'au bout les attachements criminels qui les retenaient ? Combien qui n'ont commencé à être chrétiens, que lorsqu'ils ont commencé à être affligés, qui n'ont ouvert les yeux sur les vérités de la foi, que lorsqu'ils les ont ouverts sur les malheurs dont ils étaient environnés, et qui n'ont donné des larmes à la pénitence, qu'après en avoir répandu sur leurs pertes, leurs afflictions, et leurs infirmités ? Combien qui, sans la disgrâce du prince ou la ruine de leur fortune, n'auraient jamais songé à prendre les vrais sentiments de l'humilité chrétienne ? Amusés par un vain fantôme de dévotion, ils nourrissaient leur amour-propre de toutes les apparences de bonnes œuvres, dont ils faisaient trophée. Ils se croyaient justes et fidèles, et s'applaudissaient de leur prétendue sainteté. Cependant ils étaient plus éloignés de Dieu par leur orgueil, que d'autres ne l'auraient été par des crimes. Le temps de leur conversion est venu, et celui de leur salut. Dieu leur a fait entendre efficacement sa voix ; et comment ? Ils ont été humiliés par des disgrâces éclatantes, et l'humilité si nécessaire au salut est entrée dans leur cœur par la porte de l'humiliation.
Combien d'autres que Dieu traite de même, et qui passeraient toute leur vie dans le plaisir, la joie et l'abondance, si Dieu ne les appelait à lui, en arrachant de leurs mains ces objets de leurs regrets ? A l'un il envoie une maladie douloureuse et périlleuse, à l'autre une perte de biens. Celui-ci a ruiné sa santé, il ne peut plus aller dans les compagnies ; celui-là a perdu son protecteur, et toutes ses espérances ont été ensevelies avec lui. Cet autre, décrédité dans son négoce par le malheur des temps, est contraint de le quitter. Quelquefois la mort enlève les parents, les amis, un époux, des enfants. On ne trouve plus sur la terre de consolation, il n'y a plus que Dieu qui se montre à ce cœur affligé, pour lui en offrir une solide dans son amour. On reconnaît enfin qu'il est le vrai ami, l'ami de tous les temps, l'ami qui ne finit point. Voilà ce qui se passe tous les jours, et peut-être le lecteur le reconnaîtra-t-il par sa propre expérience. C'est là ce que j'appelle une vocation efficace, parce qu'elle a presque toujours son effet ; et c'est cette vocation qui est le premier pas qu'il faut faire pour entrer dans la route de la prédestination, et qui en est la première marque.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 25

Publié le 14/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXV :
Qui sont ceux qui ont des marques encore plus assurées de leur prédestination ?
Ce sont ceux qui sont dans l'affliction.

Quelque pressantes que soient ces réflexions, il y a des chrétiens qui ont plus de droit d'en tirer de la consolation, parce qu'ils ont plus de part à ces marques particulières de la prédestination de Dieu. Comme il arrive souvent qu'ils n'y font pas assez d'attention, il est juste de les leur faire observer ici. Ce sont ceux qui sont dans le chagrin ; dans l'oubli, dans les sécheresses, dans les tentations, dans l'infirmité, dans la pauvreté, dans les disgrâces, ou dans quelque sorte de peine et d'affliction que ce puisse être. C'est une vérité constante que c'est là le vrai chemin du salut, le sort particulier des âmes choisies de Dieu, et par conséquent la marque la plus sûre de la prédestination ; en sorte que le salut éternel est aussi aisé aux malheureux du monde, qu'il est difficile à ceux qui jouissent de tous ses avantages.
Entreprendrai-je de prouver une vérité si constante et si souvent répétée dans les Ecritures ? Le monde se réjouira, disait le Fils de Dieu à ses disciples ; mais vous autres, vous serez dans l'affliction. Il est vrai que votre affliction sera changée en joie ; mais vous ne goûterez ce que cette joie a de consolant, qu'après avoir senti ce que l'affliction a d'amertume. Bienheureux ceux qui souffrent, disait encore Jésus-Christ ; bienheureux ceux qui pleurent ; bienheureux ceux qui sont persécutés. C'est que le royaume des Cieux est à eux. Leur droit est acquis sur cet héritage céleste, ils n'en seront pas privés. Le sort des autres est douteux, il est incertain, ils ont tout sujet de craindre ; mais pour ceux-ci, leur prédestination est, pour ainsi dire, évidente, et le terme de cette prédestination, qui est le Ciel, leur appartient déjà : Dieu ne pourrait, ce semble, les en priver sans injustice. Pourquoi cela ? C'est qu'ils sont les vrais enfants de Dieu, et que c'est aux enfants que l'héritage appartient.
Mais si l'héritage appartient aux enfants, c'est aux enfants à souffrir les châtiments et les corrections de leur père. Mon fils, dit le Sage, voulez-vous être adopté dans la maison du Seigneur ? Il faut préparer votre âme à la tentation, quelque affligeante qu'elle soit. Vous étiez agréable à Dieu, disait un ange à Tobie, c'est pour cela qu'il a fallu nécessairement que vous fussiez mis a l'épreuve.
Dieu reçoit, dit saint Paul, les enfants de l'adoption, mais il n'en reçoit aucun qu'il ne le corrige, et si, continue cet apôtre, vous n'êtes pas du nombre de ceux qu'il afflige, vous n'êtes pas les enfants de l'épouse, vous êtes des enfants étrangers, nés dans l'adultère ; auxquels l'héritage n'est point destiné.
Il faut donc passer par l'affliction et par les épreuves, pour être assuré qu'on est du nombre des enfants de Dieu. Mais si vous êtes du nombre de ces vrais enfants, de ces enfants chéris particulièrement de Dieu, pouvez-vous douter de votre prédestination et de votre salut, puisque ce que vous souffrez en est la marque ? Un ange reçoit ordre de Dieu de montrer au prophète Ezéchiel, qui sont les élus qui dans la ville sainte éviteront les châtiments de sa fureur. Cet ange, pour les lui faire connaître, marque sur le front de chacun d'eux le signe salutaire de leur prédestination. Cette marque c'est une lettre hébraœque, et il n'est pas inutile de remarquer avec saint Jérôme et d'autres commentateurs, que cette lettre avait la figure d'une croix. Mais qui sont ceux qui sont honorés de cette marque précieuse ? Sont-ce les rois, les grands du monde, les prêtres du sanctuaire, les observateurs scrupuleux de la loi ? Non : l'élection n'est attachée à aucun état, mais elle l'est à la souffrance. Vous marquerez ; dit le Seigneur, ce signe sur le front de ceux qui s'affligent et qui souffrent, qui sont dans l'amertume et dans les gémissements.
C'est ce qu'explique encore plus clairement un autre prophète. Il partage le monde sous la figure du peuple saint, en trois parties ; et la troisième, qui est celle des élus, n'est caractérisée que par des afflictions. Dieu disperse, Dieu abandonne les autres à leur iniquité et à leur endurcissement, mais il établit dans la troisième le règne de sa miséricorde : il en fait son peuple, et il veut être son Dieu. Ils m'appelleront mon Dieu, dit-il, je les appellerai mon peuple ; ils invoqueront mon nom, et je les exaucerai. Mais quel traitement ce Dieu si bon leur fera-t-il ? Le voici : Je les ferai passer par le feu : je les brûlerai de même qu'on brûle l'argent, et qu'on éprouve l'or ; c'est ainsi que je les éprouverai. C'est ainsi qu'il traite ses bien-aimés. Effectivement, il les fait passer par le feu de la tribulation, il ne les épargne point ; il soumet les uns aux douleurs des infirmités, les autres aux ennuis de la servitude, les autres aux troubles des scrupules, les autres à la malignité des calomniateurs, les autres aux rigueurs de la pénitence. Il les fait passer par le feu, non comme le bois qui en est consumé, mais comme l'or que l'on destine à quelque ouvrage excellent, et qu'on met dans le creuset. Ce métal dans cet état semble souffrir et se gâter ; il se fond, il s'amollit, il perd sa force et son éclat : enfin le temps vient de le retirer du feu, et il n'en sort que pour faire l'étonnement et l'admiration de ceux qui le voient. C'est un vase précieux et magnifique, dont la matière est pure, et dont l'ouvrage est merveilleux. Tel est le sort des élus. Il ne leur est donc pas seulement expédient de souffrir, c'est même là leur état et leur partage. C'est donc par conséquent une marque précieuse de leur prédestination ; et plus les souffrances s'aigrissent, plus l'âme fidèle doit y reconnaître les fondements solides de sa confiance. Croyons fermement, disait une sainte femme de l'ancien Testament à des peuples affligés, croyons que les châtiments que nous recevons de Dieu ne sont que les effets de la miséricorde qui nous corrige, et non pas de la colère qui cherche à nous perdre.
Approfondissons davantage cette vérité si propre à confondre les heureux du monde, qui cherchent à goûter tous ses plaisirs ; mais en même temps si consolante pour ceux qui n'ouvrent les yeux que sur des pertes, qui n'éprouvent que des malheurs, qui ne ressentent que des amertumes et des tristesses intérieures. Hélas ! souvent ils ne connaissent pas leur bonheur. Ils appellent ces peines des malheurs, des fléaux de Dieu, des marques de sa colère, tandis que ce sont pour eux les plus sensibles preuves de sa miséricorde, puisque ce sont les marques de leur prédestination.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 24

Publié le 13/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXIV :
Troisième marque de la prédestination, la persévérance dans le bien : nouvelles raisons de l'espérer. Preuves de la prédestination, tirée de la tentation même du découragement.

Il ne manque plus pour consommer l'ouvrage de notre salut, qu'une persévérance de miséricorde de la part de notre Dieu, et une persévérance de fidélité de la part de notre cœur. Mais c'est encore sur quoi nous pouvons nous rassurer. Quoiqu'on n'ait jamais de certitude entière là-dessus, combien de raisons d'espérer, et de conjecturer avec toute la vraisemblance possible, que ce Dieu miséricordieux consommera l'ouvrage qu'il a commencé en nous, qu'il ne nous abandonnera pas à la fragilité de notre inconstance, et qu'il nous soutiendra jusqu'à la fin, comme il nous a protégés jusqu'à ce jour. Car enfin, il nous a mis dans la route, et cela par des soins infinis, et par des secours admirables. Peut-être a-t-il fait des prodiges pour nous y placer : est-ce donc pour nous abandonner, et pour perdre à présent tout le fruit de tant de soins et de tant de vigilance ? Il nous a mis dans la route ; et dans quelle route ? Dans la même où il a mis les saints qui triomphent maintenant. Est-ce donc qu'il aurait dessein de nous perdre dans le chemin par où ils les a conduits au triomphe et à la gloire ?
Eh quoi ! dois-je me dire à moi-même, si Dieu avait voulu me réprouver et me perdre, aurait-il eu pour moi tant de bonté, tant de prédilection et tant de patience ? Pourquoi me prévenir avec tant de soin ? Pourquoi me presser se vivement ? Pourquoi m'attendre si longtemps ? Hélas ! mille fois insulté par mes crimes, mille fois irrité par mes rébellions, il n'avait qu'à m'y laisser croupir comme tant d'autres, ou m'y laisser périr, comme j'ai pensé le faire tant de fois. Il en avait assez fait pour montrer sa miséricorde, et pour justifier sa justice dans ma punition. S'il en a voulu faire davantage, s'il a voulu me conserver, m'attendre et me presser jusqu'à ce jour, ce n'est que parce que, m'ayant choisi par une bonté particulière, il veut encore consommer en moi l'ouvrage que sa miséricorde y a commencé. Si Dieu avait voulu nous faire mourir, disait autrefois la mère de Samson, eût-il reçu de nos mains le sacrifice que nous avons offert ? Je suis en droit de parler comme elle, et de tirer des miséricordes passées une assurance des miséricordes à venir. Si Dieu, irrité de mes crimes, voulait me destiner à périr, aurait-il reçu le sacrifice que je lui ai fait de tout moi-même, pour me consacrer à sa gloire ? C'est sans réserve et sans partage que je le renouvelle encore aujourd'hui, ce sacrifice universel, que je lui offre cet holocauste de charité. C'est lui qui m'en donne la pensée et le courage, c'est lui qui forme en moi l'amour qui en est le principe ; lui sera-t-il plus difficile de le couronner par la persévérance ?
Tous ceux qui liront ceci pourront aisément y puiser ces pieux sentiments, et par conséquent ils pourront goûter toute la douceur et la joie qu'ils inspirent, quand même ce moment serait pour eux le moment de leur conversion, et le premier de leur consécration. Entrant dans les pensées de l'apôtre saint Paul, pensées si consolantes et si propres à rassurer les pénitents et les justes, ils pourront se dire à eux-mêmes pour se rassurer : Hélas ! si Dieu, irrité de nos crimes, nous eût destinés pour être les victimes de sa justice, nous eût-il choisis, entre mille autres, pour nous combler de tant de biens ? eût-il pris tant de précautions pour nous rappeler de nos égarements ? nous eût-il lavés tant de fois dans le sang de Jésus-Christ ? Non sans doute. Aussi est-il certain qu'il ne nous a pas destinés à être les objets de sa colère, mais à acquérir le salut par Jésus-Christ Notre Seigneur ; et en nous faisant part du sang et des mérites de Jésus-Christ, il nous met entre les mains le prix de cette précieuse acquisition. Que pouvons-nous désirer davantage ; puisque ce prix infini est suffisant pour acquérir la grâce, pour acquérir la persévérance, et pour acquérir la couronne ?
C'est ainsi que nous devons nous rassurer dans nos défiances. J'ose promettre que ceux qui voudront ouvrir leur cœur à toutes ces réflexions, trouveront, comme je l'ai dit, que la prédestination qui faisait leur effroi, sera désormais elle-même leur consolation. Car, s'il est affligeant de craindre de n'être pas du nombre des élus, il est bien consolant de reconnaître, par tant de remarques, qu'on a sujet de croire qu'on est compté dans ce nombre heureux.
Consommons la preuve de cette vérité, et tirons de la tentation même que je combats, de quoi consoler ceux qu'elle jette dans le trouble. En effet, de qui vient cette pensée qui vous effraie, âmes timides et désolées ? Est-ce la grâce qui vous l'inspire, ou n'est-ce pas plutôt le démon qui la forme en vous ? Sans doute, que ce n'est pas la grâce ; elle qui nous porte plutôt à l'espérance, à la confiance et à l'amour. C'est donc le démon qui veut vous séduire ? Comment êtes-vous assez crédule pour écouter cet auteur du mensonge ? Mais pourquoi fait-il tant d'efforts pour vous séduire ? C'est parce qu'il reconnaît la bonne volonté de Dieu sur vous ; et c'est pour la rendre inutile qu'il voudrait vous porter au découragement, et même s'il le pouvait, au désespoir. Certes si vous étiez abandonné de Dieu, si vous étiez l'objet de ses vengeances et de sa colère, ce tentateur ne vous troublerait point, il ne s'efforcerait point de vous décourager. Assuré de vous tenir dans ses filets, il ne chercherait peut-être qu'à vous y amuser par un calme trompeur. C'est ainsi qu'il se garde bien ordinairement de troubler ceux qui sont dans le libertinage, et livrés aux plaisirs des sens. C'est à eux qu'il dépeint la miséricorde de Dieu toujours propice, et le chemin du Ciel toujours aisé. Mais qui sont ceux qu'il s'efforce plus souvent de troubler par des idées effrayantes de la justice de Dieu ? Ce sont ceux qui se confient saintement en la miséricorde, ceux dont il craint la conversion. C'est à ceux-là qu'il s'efforce communément d'exagérer la justice de Dieu et sa colère, la difficulté de la conversion, la rareté de la persévérance, le petit nombre des prédestinés. Il le fait pour les porter à tout abandonner par découragement, et pour les livrer s'il le peut, au désespoir. Que ceux qu'il tente ainsi reconnaissent ici l'artifice du démon, mais qu'ils reconnaissent en même temps dans ses ruses, la preuve de la miséricorde de Dieu sur eux, puisque ce n'est que cette miséricorde abondante qui leur attire les persécutions de cet esprit malin, qui, voyant avec dépit le bonheur qui les attend s'efforce de le leur enlever.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 23

Publié le 12/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXIII :
Seconde marque de la prédestination, la conversion et la protection particulière.

A ces grâces distinguées de choix et de vocation, dont Dieu vous a prévenus, combien en a-t-il ajouté d'autres aussi particulières pour votre conversion, votre sanctification, votre protection, et votre défense ? Repassez sur toutes les années qui se sont écoulées : vous y verrez l'enchaînement continuel d'une miséricorde personnelle, qui a marqué chacun des moments de votre vie par des grâces singulières préparées exprès pour vous, comme s'il n'y avait eu que vous sur la terre qui attirât l'attention et les soins de votre Dieu. Etait-ce donc pour vous perdre, pour faire de vous la victime de sa colère, pour vous réprouver dans sa fureur, qu'il faisait pour vous ce qu'il n'a pas fait pour des millions de chrétiens, qui valaient peut-être mieux que vous ?
Que je repasse en effet sur les années de ma vie qui se sont écoulées, sur celles de l'enfance, de la jeunesse, ou d'un âge plus mûr, je vois un enchaînement si suivi de miséricordes extraordinaires sur moi, qui ne l'ai nullement mérité, que je ne puis douter que ce Dieu de bonté n'ait dessein de me conduire par la conversion du cœur à la persévérance finale, et de là, à la couronne qu'il destine à ses élus. Après m'avoir préservé dès le sein de ma mère, pour me faire éviter les malheurs d'une naissance infortunée avant que le baptême m'eût sanctifié ; après avoir été mon Dieu comme disait le Prophète, dès le ventre de ma mère, quel soin n'a-t-il pas pris dans mon enfance, de prévenir mon jeune cœur des lumières de sa grâce, pour l'armer contre les périls qui l'entouraient alors ? Si j'ai eu des parents saints, des maîtres craignant Dieu, une éducation pleine de sagesse et de piété, c'était son aimable providence qui m'avait préparé ces secours.
Quand ma raison a commencé à se développer, et que j'ai ouvert les yeux pour connaître le monde, quel empressement mon Sauveur a-t-il eu pour m'en détromper, et pour me précautionner contre sa séduction ! Alors, que d'avertissements, que d'inspirations secrètes, que de mouvements intérieurs, et de remords que je ne pouvais étouffer ! Cependant j'avançais en âge, et Dieu multipliait sur moi ses miséricordes. Tantôt il préservait ma vie d'un accident funeste qui devait me l'ôter, et qui m'aurait livré peut-être à des flammes éternelles. Tantôt il m'arrêtait par des contretemps imprévus, lorsque entraîné par mes passions, j'étais sur le point de me livrer aux charmes trompeurs du monde. Tantôt il ménageait dans mes plaisirs, des chagrins et des tristesses mortelles, pour m'en détacher. Tantôt il me parlait lui-même intérieurement, et me pressant de me donner à lui, il faisait entendre à mon cœur tout ce que le sien ressentait de tendresse et d'amour pour moi.
Si je voyais tomber autour de moi les compagnons de mes plaisirs, que la mort m'enlevait par une fin précipitée, c'était vous, Seigneur, qui me ménagiez ce spectacle pour m'apprendre à ne point compter sur la jeunesse et sur la vie, et à vous faire de bonne heure le sacrifice d'un bien que vous pouviez m'ôter de même qu'à eux. Si j'en voyais d'autres plus fidèles à votre voix, quitter le monde pour chercher leur salut dans de saintes retraites, vous m'aviez en vue dans ces triomphes de votre grâce, et vous me prépariez leur exemple pour m'instruire, et pour me toucher. Si je trouvais du vide dans mes plaisirs, de l'ennui dans les compagnies, de l'inconstance dans les amis, de la perfidie dans les rivaux, de l'ingratitude dans les maîtres que je servais, ou de la dureté dans les protecteurs dont j'adorais la puissance, c'était encore vous, ô mon Dieu ! qui semiez d'épines le chemin de la perdition dans lequel je m'engageais insensiblement, et qui en agissiez ainsi pour m'obliger à retourner à vous, dont je m'éloignais sans réflexion.
Pourrais-je compter tous les mouvements intérieurs de votre esprit, les avertissements secrets de votre grâce, les remords importuns de ma conscience, les douceurs et les amertumes que vous ménagiez si à propos pour me détacher du siècle ? Mais quoi, ô mon Sauveur ! N'ai-je pas lassé votre patience, ayant tant de fois méconnu cette voix si aimable et si douce qui se faisait entendre à mon cœur ? N'auriez-vous pas pu retirer ces secours que votre main libérale répandait si abondamment sur moi ? Je l'aurais sans doute mérité, et j'aurais encore sujet de le craindre, si je ne sentais actuellement votre même bonté qui se fait connaître à mon cœur tant de fois rebelle, et qui l'invite avec une douceur ineffable. Si ce cœur est quelquefois effrayé de votre justice, je reconnais même dans ces craintes un effet de votre miséricorde, puisque votre grâce, qui forme en moi ces terreurs, ne me les fait sentir que pour me rendre plus vigilant et plus fidèle.
C'est ainsi que chacun de nous doit parler. J'ose assurer qu'il n'y en aura aucun de ceux qui liront ceci, qui, repassant sur les temps de sa vie, ne puisse y reconnaître les marques sensibles de la prédilection de Dieu, et qui ne soit obligé d'avouer qu'il a reçu des millions de faveurs singulières, qui toutes tendaient à ménager sa conversion, et à procurer plus infailliblement son salut. Est-il raisonnable, après tant de marques, de douter encore de la bonne volonté de Dieu, et de sa prédilection ? Est-il possible de ne pas reconnaître, dans sa conduite sur nous, la vocation ajoutée au choix, la conversion du cœur qui a suivi la vocation, et la protection ajoutée à toutes les deux, qui, comme je l'ai dit, sont tout à la fois l'effet et les moyens de la prédestination, et qui par conséquent en sont les marques consolantes. C'est là la route par où Dieu a conduit ses saints, c'est ainsi qu'il les a traités ; il vous traite aujourd'hui comme eux. Il vous a choisi comme eux, il vous a sanctifié comme eux, il vous couronnera comme eux.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 22

Publié le 11/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXII :
Principale réponse à l'objection précédente. Le petit nombre des élus est une vérité consolante pour ceux qui ont sujet de croire qu'ils sont de ce petit nombre. Quelles en sont les marques ? Première marque, le choix et la vocation.

Que dira en effet celui qui veut s'opiniâtrer dans ses défiances, quand on lui fera remarquer mille sortes de grâces particulières et personnelles que Dieu lui a faites dans tous les temps, et qu'il lui fait encore chaque jour, qu'il ne fait pas à mille autres, et qui paraissent les mêmes que celles qu'il a faites à ses bien-aimés, pour le conduire par les routes de la pénitence et de la persévérance jusqu'à la couronne éternelle ? En effet, qu'est-ce que la prédestination, sinon un choix que Dieu fait de certaines âmes qu'il conduit par des grâces spéciales à une couronne assurée ? Que doit produire cette prédestination ? Des grâces personnelles, des secours particuliers, proportionnés aux différents états de la vie, et disposés selon les circonstances périlleuses où l'homme se trouve, pour l'en délivrer. Disons-le plus clairement et en trois mots. La prédestination doit produire premièrement le choix et la vocation ; secondement, la conversion et la protection, et en troisième lieu, la persévérance. Ceux que Dieu a prédestinés, dit l'Apôtre, il les a appelés, il les a justifiés, il les a couronnés. Or, c'est là ce que les âmes auxquelles je parle pourront sans doute reconnaître en elles, ou plutôt dans la conduite de Dieu sur elles. N'est-ce pas assez pour leur faire espérer d'être de ce nombre heureux, quelque petit qu'il soit ?
Car pour ce qui est de la vocation et du choix, peut-il être plus sensiblement marqué ? Comparez pour le reconnaître, âmes fidèles, comparez votre état avec celui des infidèles, des schismatiques, et des hérétiques qui couvrent la terre. La plus grande partie du monde est habitée par des gens qui vivent sans foi, ou qui n'ont pas la vraie foi. La catholicité n'en occupe peut-être pas la cinquième partie ! Encore parmi ceux qui habitent les pays, où la vraie foi est cultivée, combien de libertins, d'indévots, d'athées et d'impies qui vivent sans foi, dans le centre même de la foi ? Combien d'autres qui, n'ayant de la vraie religion que la croyance, n'en remplissent pas les obligations, faute de cette foi vive qui opère par la charité ? Combien vivent dans une ignorance profonde de ce qu'ils devraient savoir ? Combien d'autres accumulent les injustices, et s'enrichissant par cette voie, mettent à leur salut un obstacle qu'ils ne vaincront jamais ? Combien se rendent coupables de tous ces crimes, dont l'apôtre a prononcé, que ceux qui les commettent n'entreront point dans le royaume des Cieux ? Combien d'autres, sans beaucoup de crimes, vivent dans l'oubli de leur salut et dans l'indifférence pour le Ciel. Otez presque tous ceux-là, s'ils ne font point pénitence, ôtez-les du nombre des prédestinés. Que restera-t-il, sinon un très petit nombre de gens qui ont la foi, la religion, la piété, la justice en recommandation ; qui inquiets sur leur salut, y travaillent sérieusement, ou qui après s'être livrés trop aisément au crime, songent à l'expier par la pénitence ? Or c'est sans doute à ce petit nombre que le ciel est destiné, et c'est aussi à ce petit nombre que Dieu vous a appelés. Il vous a choisis préférablement à mille autres, pour vous mettre de ce nombre chéri. Combien jusqu'à présent de grâces pour vous y faire entrer ? Je ne dis pas des grâces communes et générales, mais de ces grâces de prédilection, de ces faveurs personnelles qu'il n'a pas faites à tous comme à vous ; ce qui montre bien le choix qu'il fait de vous pour le Ciel, et le désir particulier qu'il a de vous sauver, quand par impossible il serait vrai qu'il aurait abandonné tout le reste de l'univers.

Traité de la Confiance en la miséricorde de Dieu Livre 2 Paragraphe 21

Publié le 10/04/2008 à 12:00 par jubilatedeo
Paragraphe XXI :
Autre réflexion sur cette vérité. La confiance en Dieu est un moyen d'assurer en quelque façon sa prédestination.

Je ne m'arrêterai pas non plus à un autre moyen qu'il nous a donné à tous, de nous faciliter à chacun en particulier le succès de notre salut. Je ne puis cependant me dispenser d'en dire un mot, puisqu'il est nécessairement de mon sujet. Quel est-il ce moyen ? Je l'ai déjà insinué, et je le répète ici volontiers ; c'est la confiance même de réussir dans l'affaire du salut éternel, qui en donne l'entrée. C'est celle qui est une marque des plus vraisemblables de la prédestination. Nous avons peine à concevoir ce paradoxe, parce que nous jugeons selon nos faibles idées, et selon ce qui se passe parmi nous, où l'espérance, et la confiance même ne rendent pas toujours nos désirs efficaces. Cependant en Dieu, et dans l'affaire du salut, espérer avec confiance, c'est non seulement se faciliter la victoire des obstacles, comme je l'ai dit ailleurs ; mais c'est même s'en assurer en quelque façon la couronne. Pourquoi cela ? C'est que Dieu même l'a Promis ; et sa parole, cette parole éternelle, qui ne peut changer, y est engagée. Sachez, dit-il dans son Ecriture, que nul n'a espéré en moi qui ait été confondu dans son espérance : Et encore ; L'espérance ne confond point ! Et ailleurs, Seigneur, tous ceux qui attendent de vous les biens que vous leur avez promis, ne seront point trompés : Et encore ; Vous sauvez ceux qui espèrent en vous. Le prophète, tout pénétré de cette assurance, s'écriait dans les transports de sa joie : Seigneur, j'ai élevé mon âme et mon cœur vers vous. Vous êtes mon Dieu, j'espère en vous, je ne rougirai point de ma confiance, parce que jamais elle ne sera vaine. Qu'on ne s'étonne point de ce que Dieu a donné tant d'efficace à la confiance. La confiance, comme je l'ai dit, est inséparable de l'amour. Elle est même une sorte d'amour, ou tout au moins la marque du plus tendre, et du plus véhément de tous les amours. Or, on sait qu'à l'amour il n'y a rien d'impossible, et que c'est lui qui ouvre les portes du Ciel.
Comment est-ce en effet que Dieu pourrait résister à cette confiance ? Sa gloire, son amour, son cœur, ne sont-ils pas intéressés à ne pas tromper celui qui se confie pleinement en lui ? Un fils dit à son père : Je me repose tellement sur vous, que je prendrai de votre main l'état, ou la charge, ou l'alliance, ou l'héritage que vous me donnerez. Un domestique dit à son maître : Je ne veux songer à aucune fortune qu'à celle que vous me ferez vous-même ; Je vous servirai fidèlement, et je me repose sur votre bonté des récompenses de mon travail. Un ami associé pour le négoce avec son ami, lui dit avec confiance : Je me repose sur vous-même de la décision des affaires qui sont à régler entre nous ; je compte sur votre droiture et sur votre équité et je ne veux point d'autre arbitre que vous-même. Cet ami, ce maître, ce père, seront-ils insensibles à une confiance si entière, s'ils ont de l'amitié et de la probité ? S'ils sont jaloux de leur réputation et de leur gloire, ne seront-ils pas excités par là à faire plus qu'on aurait pu espérer d'eux ? Pour moi, si j'étais à leur place, je serais attendri d'une pareille confiance, et je me croirais beaucoup plus redevable à celui qui en agirait ainsi, qu'à celui qui, se défiant de mon bon cœur ou de mon exactitude, disputerait avec moi pour faire ses conditions, et qui inquiet à tout moment sur l'objet de ses espérances, voudrait savoir s'il aurait toutes ses sûretés. Je croirais en un mot, mon honneur et ma gloire intéressés à ne pas tromper la confiance généreuse qu'on aurait pris en ma probité.
Est-ce donc que notre Dieu connaît moins les intérêts de sa gloire, et qu'il en est moins jaloux ? S'il en est jaloux, comme il le dit dans son Ecriture, souffrira-t-il que ceux, qui, pleins d'un tendre amour pour lui, se reposent sur sa bonté ; qui, au lieu d'être inquiets sur leur prédestination et leur récompense, disent avec le prophète : Le Seigneur est bon, il prend soin de moi, il ne me laissera manquer de rien, il me placera dans le séjour de l'abondance. Souffrira-t-il, dis-je, que ceux-là soient trompés dans leur sainte confiance, et qu'ils puissent se plaindre un jour, qu'après avoir compté sur ses promesses, elles se sont trouvées vaines ?
C'est donc une espèce d'assurance, heureuse pour nous, de trouver dans notre confiance, de quoi faire réussir l'affaire de notre salut, puisqu'il y va de la gloire de Dieu et de la vérité de sa parole, que nous ne soyons point trompés ? Comment avec un moyen si facile et si efficace, pouvons-nous douter de notre prédestination ? N'est-ce pas une marque que nous sommes du nombre de ceux que Dieu a choisis, qu'il nous ait fait connaître un moyen si aisé et si sûr de procurer notre salut, et qu'il nous l'ait mis entre les mains ? Cependant ce n'est pas encore à cette réflexion que je veux m'arrêter, non plus qu'à la précédente, quoiqu'elles soient toutes deux assez solides pour fixer nos incertitudes. L'homme défiant et inquiet dira que ces avantages sont communs à tous les fidèles, que cependant il y en a encore tant à qui ils sont inutiles, et qui périssent.