Dieu l’avait promis : dans la maison de David surgira celui qui aura le pouvoir (2 Sm 7, 16 et Lc 1, 32). L’apôtre dira un jour, à propos de Jésus : « puissance de Dieu et sagesse de Dieu » Celui que nous appelons la « clé de la maison de David », celui qui a le pouvoir de lier et de délier (Mt 16,19), d’ouvrir et de fermer (Ap 3,7), est le seul qui pourra rompre les chaînes qui attachent les hommes. C’est pourquoi nous implorons, pour nous-mêmes et pour tous les hommes et femmes de ce monde : «Viens libérer ceux qui vivent dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort».
O Clef de la cité de David, sceptre du royaume d'Israël,
tu ouvres, et personne alors ne peut fermer ;
tu fermes, et personne ne peut ouvrir ;
viens, fais sortir du cachot le prisonnier établi dans les ténèbres et la nuit de la mort.
Prière du matin
Ô Dieu d’Abraham et de Sarah, Père de Notre Seigneur Jésus Christ, nous te rendons grâces et nous te louons car tu es un Dieu fidèle, qui tiens toujours ta parole et tes promesses. Quand vint la plénitude du temps, tu as envoyé Marie, ta demeure dans l’Esprit Saint, à la famille de Zacharie et Élisabeth, pour leur apporter la Lumière du monde.
Alors que nous célébrons le commencement du Troisième Millénaire, aide-nous par ton Esprit à recevoir le Christ dans nos cœurs et dans nos familles, afin que nous puissions ressentir sa présence salvatrice.
Livre de Michée 5,1-4.[1]
Parole du Seigneur : Toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que je ferai sortir celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, à l’aube des siècles.
Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les enfants d'Israël.
Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom de son Dieu. Ils vivront en sécurité, car désormais sa puissance s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre,
et lui-même, il sera la paix !
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
[1] Michée, en hébreux Mikah, est sans doute la forme abrégée du théophore Mika el (Michel) qui signifie : Qui est comme Dieu ? Il s’agit d’un des petits prophètes, originaire de Moréshèt, village situé à 35 kilomètres au sud-ouest de Jérusalem, dans les collines de Juda qui dominent la plaine côtière de la Méditerranée. Michée est contemporain de l’expension de l’Assyrie, au temps des rois Yotam (740-736), Achaz (736-716) et Ezéchias (716-687) : Sargon a pris la Samarie et mit fin au royaume du Nord (721) ; Sennachérib a fait une incursion dans le royaume du Sud, mais Jérusalem a échappé à la destruction (701). Le prophète Michée vitupère contre l’injustice sociale et l’idolâtrie qui règnent en maître sur le peuple de Dieu et qui entraînent immanquablement son malheur. Cependant, il annonce un espoir : de l’humble village de Bethléem où jadis Samuel avait trouvé David, le Seigneur suscitera un roi qui sera pour son peuple un véritable berger. Cet oracle du prophète Michée a été périodiquement repris par les croyants fidèles, pour redire leur espérance en Dieu ; saint Matthieu (II 2) montre que Jésus réalise cette promesse.
Psaume 79 (80), 2.3bc, 15-16a, 18-19
Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s'éclaire, et nous serons sauvés !
Berger d'Israël, écoute,
toi qui conduis Joseph,
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.
Dieu de l'univers reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu'a plantée ta main puissante.
Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l'homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n'irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
Lettre aux Hébreux 10,5-10. [1]
Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit, d’après le Psaume : Tu n’as pas voulu de sacrifices ni d’offrandes, mais tu m’as fait un corps.
Tu n'as pas accepté les holocaustes ni les expiations pour le péché ;
alors, je t'ai dit : Me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté, car c'est bien de moi que parle l'Écriture.
Le Christ commence donc par dire : Tu n'as pas voulu ni accepté les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les expiations pour le péché que la Loi prescrit d'offrir.
Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime l'ancien culte pour établir le nouveau.
Et c'est par cette volonté de Dieu que nous sommes sanctifiés, grâce à l'offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
[1] L’épître aux Hébreux est d’un abord difficile, mais sa visée est, somme toute, très simple : Jésus accomplit l’aspect cultuel de l’Ancien Testament, même si renouvelle radicalement les conceptions juives du sacrifice. Jésus est le seul prêtre qui peut réellement mettre le monde en contact avec Dieu parce qu’il est à la fois vrai Dieu et vrai homme, et qu’il est sans trace de péché. Ici, saint Paul souligne combien l’unique sacrifice du Christ, personnel et intérieur, remplace les multiples sacrifices extérieurs et impuissants de l’Ancienne Alliance.
Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,39-45. [1]
En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville
[2] de la montagne
[3] de Judée
[4]. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Elisabeth. Or, quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle
[5]. Alors, Elisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte
[6] : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni
[7]. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?
[8] Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi
[9]. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur
[10] ».
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
[1] Le passage de la Visitation ressemble à celui du transfert à Jérusalem de l’Arche d’Alliance (II Samuel VI 2-11). Si l’ancienne Arche d’Alliance était le lieu où Dieu se rendait présent à son peuple, Marie qui porte Jésus en ses entrailles, est la nouvelle Arche d’Alliance.
[2] Aïn-Karim (la source des vignobles) est à six kilomètres à l’ouest de Jérusalem.
[3] Marie a disposé dans son cœur des degrés* qu'elle gravit aussi bien par sa manière de vivre que par sa prière. Enfin elle s'est hâtée vers les montagnes pour saluer Elisabeth et la servir pendant trois mois environ** ; si bien que la Mère de Jésus pouvait déjà dire à la mère de Jean ce que le Fils de Marie dira beaucoup plus tard au fils d'Elisabeth : « Laissez-moi faire maintenant, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice »***. Elle a vraiment gravi les montagnes, elle dont la justice s'élève comme les montagnes de Dieu****. La Vierge s'y est élevée par trois degrés, à l'aide d'une triple corde difficile à rompre : la ferveur de la charité dans la recherche de la grâce, la splendeur de la virginité dans sa chair, la grandeur de l'humilité au service de sa cousine. En effet, si tout homme qui s’humilie doit être exalté*****, quoi de plus sublime que son humilité ? Elisabeth s'étonnait déjà qu'elle fût venue, et elle disait : « D'où m'est-il donné que la Mére de mon Seigneur vienne à moi ? » Mais elle s'est étonnée plus encore que, à la manière de son Fils******, Marie fût venue non pour être servie, mais pour servir (saint Bernard : sermon pour la Nativité de la bienheureuse Vierge).
* Psaume LXXXIII 6.
** évangile selon saint Luc, I 39-56.
*** évangile selon saint Matthieu, III 15.
**** Psaume XXXV 7.
***** évangile selon saint Luc, XIV 11.
****** évangile selon saint Matthieu, XX 28.
[4] Il habituel, il est convenable que ceux qui réclament créance fournissent des preuves à la foi qu’ils réclament. C’est ce qu’avait fait l’Ange annonçant ces mystères sublimes. Pour fortifier sa foi pazr une preuve palpable, il avait annoncé à Marie la fécondité d’une de ses parentes, stérile jusque-là et avancée en âge, afin de bien établir que tout était possible à Dieu (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, II 19).
Marie ne refuse point de croire aux révélations qu’elle a reçues, elle ne doute point du messager ni du fait qu’il lui a donné comme preuve ; mais toute remplie de joie pour son vœu qu’elle peut garder, pleine de religion dans l’office qu’elle va accomplir, stimulée par le bonheur qui l’inonde, elle va avec avec empressement vers la parente dont l’Ange lui a parlé. Elle ne cherche point des preuves pour sa foi, elle veut plutôt témoigner de sa piété (saint Ambroise : De virginitate, II, 2).
[5] Encore dans les ténèbres du sein maternel, la sainte âme de Jean connaissait déjà par expérience ce qu’Israël ignorait ; et c’est pourquoi elle tressaille, mais ce n’est pas un simple tressaillement, c’est un tressaillement dans la joie : Jean sentait que son maître était venu le sanctifier avant sa naissance. Je serai peut-être traité d’insensé pour avoir cru de telles choses. Oh ! puisse cela m’arriver ! Ce qu’il appellent une folie est la cause de mon salut : s’il n’y avait eu cette naissance de mon Sauveur, naissance toute céleste, si elle n’avait été au-dessus des naissances ordinaires, jamais la doctrine de Jésus-Christ ne se serait répandue dans le monde, jamais sa vertu n’aurait guéri nos âmes (Origène : homélie VII sur l’évangile selon saint Luc).
[6] Elisabeth prophétise avant Jean-Baptiste, Marie avant la naissance du Sauveur. La chute avait commencé par la femme, le relèvement commence aussi par la femme (Origène : huitième homélie sur l'évangile selon saint Luc).
[7] Combien d’hérésies elle réfute à l’avance par ce seul mot. L’hérésie d’Eutychès qui attribuait à Jésus une nature différente de celle de Marie : le fruit est de même nature que la plante ; l’hérésie de ce qui n’attribuaient à Jésus que des apparences : le fruit est une réalité procédant de la substance de l’arbre ; l’hérésie de ceux qui affirment que Jésus est venu par Marie comme par un canal, sans rien recevoir d’elle : Jésus appartient réellement à Marie (Eusèbe d’Emèse).
[8] L'esprit de prophétie révèle le passé, ou le présent ou l'avenir. Ici, il révèle à la fois le passé, le présent et l'avenir. Elisabeth sait que Marie porte en elle le Fils de Dieu ; elle sait qu'il a été conçu du Saint-Esprit, et elle sait ce que l'avenir réserve à sa foi (saint Grégoire le Grand : homélie I sur Ezéchiel, 8 ).
[9] Et Dieu s'étant fait enfant, il veut premèrement être connu et adoré par un enfant, et c'est une des premières émanations de l'enfance de Dieu, se manifestant soi-même en l'univers. Dieu est enfant, ce que le monde ignore, ce que le ciel adore ; et un enfant est le premier qui le reconnaît et adore en l'univers, et ce par hommage et par opération secrète de l’enfance de Dieu même, qui veut agir sur les enfants, et qui veut honorer soi-même en qualité d'enfant en donnant la première connaissance de soi-même à un enfant au monde, et le faisant son prophète en l'univers. Son premier prophète est un enfant, comme tantôt ses premiers martyrs setont des enfants (Pierre de Bérulle : opuscules de piété, « de la Visitation »).
[10] Marie est bienheureuse, et parce que Dieu l’a regardée, et parce qu’elle a cru, car sa foi est le beau fruit de cette bienveillance divine (saint Bernard : sermon pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption).
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Saint Jean Chrysostome (v. 345-407), prêtre à Antioche puis évêque de Constantinople, docteur de l'Eglise
Homélie attribuée (trad. Solesmes, Lectionnaire, t. 3, p. 1039 rev.)
« L'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi »
Quel mystère nouveau et admirable ! Jean ne naît pas encore et déjà il parle par ses tressaillements ; il ne paraît pas encore et déjà il profère des avertissements ; il ne peut pas encore crier et déjà il se fait entendre par des actes ; il n'a pas encore commencé sa vie et déjà il prêche Dieu ; il ne voit pas encore la lumière et déjà il montre le soleil ; il n'est pas encore mis au monde et déjà il se hâte d'agir en précurseur. Le Seigneur est là : il ne peut pas se retenir, il ne supporte pas d'attendre les limites fixées par la nature, mais il s'efforce de rompre la prison du sein maternel et il cherche à faire connaître d'avance la venue du Sauveur. « Il est arrivé, dit-il, celui qui brise les liens. Et moi je reste enchaîné, je suis encore tenu à demeurer ici ? Le Verbe vient pour tout rétablir et moi, je reste encore captif ? Je sortirai, je courrai devant lui et je proclamerai à tous : Voici l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » (Jn 1,29)
Mais dis-nous, Jean, retenu encore dans l'obscurité du sein de ta mère, comment vois-tu et entends-tu ? Comment contemples-tu les choses divines ? Comment peux-tu tressaillir et exulter ? « Grand, dit-il, est le mystère qui s'accomplit, c'est un acte qui échappe à la compréhension de l'homme. A bon droit j'innove dans l'ordre naturel à cause de celui qui doit innover dans l'ordre surnaturel. Je vois, avant même de naître, car je vois en gestation le Soleil de justice (Ml 3,20). Je perçois par l'ouïe, car en venant au monde je suis la voix qui précède le grand Verbe. Je crie, car je contemple, revêtu de sa chair, le Fils unique du Père. J'exulte, car je vois le Créateur de l'univers recevoir la forme humaine. Je bondis, car je pense que le Rédempteur du monde a pris corps. Je suis le précurseur de son avènement et je devance votre témoignage par le mien. »
Homélie Messe
« Après un temps de délaissement, viendra un jour où enfantera celle qui doit enfanter ». Le temps de l’Avent est celui où nous apprenons à vivre le temps de Dieu. Notre vue, en effet, est très courte. Notre désir d’être comblés, le souhait ardent que nous avons de connaître le bonheur que Dieu nous a promis, sont tels que nous adoptons souvent, malgré nous, une attitude un peu infantile, ne supportant aucun délai. Dieu aurait-il quelque retard ? Prendrait-il plaisir à nous faire languir ? Dieu aurait-il oublié sa parole ? Nous aurait-il livrés à nous-mêmes, cloisonnés dans « un temps de délaissement » dont rien n’annonce la fin ?
Aujourd’hui le prophète Michée nous apprend que le Seigneur œuvre sans cesse à la réalisation de sa promesse. Ce qui nous manque pour le voir agir est d’apprendre le temps de Dieu. Le temps de son silence est en effet celui de la grossesse. Nous savons qu’il œuvre à notre salut, mais il nous faut redécouvrir comment il s’y prend avec chacun de nous. A l’échelle d’un peuple, l’épaisseur de l’Ancien Testament nous l’enseigne, le temps de la grossesse traverse les siècles. A l’échelle de notre vie, les choses peuvent aller bien plus vite. Notre Avent, qui cette année ne fait pas quatre semaines, nous le montre. Nous sommes dans l’urgence de la préparation ultime. Ce soir, Dieu choisit de se révéler dans la faiblesse d’une femme enceinte. La puissance de sa royauté se manifeste dans « le plus petit des clans de Juda », comme nous le dit le prophète. Le berger que son troupeau dispersé attend, arrive pour rassembler les nations et leur donner la paix.
Telle est la douceur du temps de l’Avent. Il nous faut la pénétrer pour goûter pleinement la paix de Noël. Cette paix n’est pas une simple absence de guerre, une disparition de toutes les agressions qui nous font souffrir. Aussi nous faut-il ouvrir les oreilles de notre cœur, affiner la sensibilité de notre âme. Nous vivons le temps où le Dieu caché fait pressentir sa présence, avant de la dévoiler entièrement. Cette phase de reconnaissance nous fera découvrir l’étoile qui mène à la crèche. Pour la distinguer entre toutes, nous aurons en effet à écouter l’appel intérieur, la voix du « berger d’Israël » que nous attendons.
Aussi le psaume nous fait-il entonner la réponse juste à ce mystère de délicatesse : « Jamais plus nous n’irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom ! ». Telle est l’ultime préparation à l’accueil de l’enfant divin. IL ne faut pas nous préparer à nous asseoir béatement dans une étable mais nous laisser renouveler par une vie entièrement nouvelle. L’enfant divin ne vient pas, en effet, pour être adulé, mais pour rassembler ses brebis. Honorons cette venue que nous avons tant désirée en nous décidant enfin à rester à ses côtés pour toujours. « Berger d’Israël, (…) viens nous sauver ! ».
Ce cri est celui qui nous fait entrer dans l’attitude filiale, qui nous dévoile la vraie nature de notre sauveur. Saint Paul nous le dit dans la deuxième lecture : « En entrant dans le monde, le Christ dit (…) : me voici, mon Dieu, je suis venu pour faire ta volonté ». C’est la volonté du Père de sauver l’humanité esclave du péché et de la mort. C’est la volonté du Fils de faire de sa vie une offrande au Père pour le salut des hommes. C’est notre volonté à nous de toujours rester auprès du Christ notre berger ; c’est donc notre volonté propre de faire de notre vie une offrande pour le salut des hommes. Nous voulons entrer dans l’alliance nouvelle. Nous voulons pénétrer le mystère de Noël, nous voulons apprendre de l’enfant de la crèche à dire « Père, me voici ».
Cette méditation et ce désir nous tournent tout naturellement vers Marie, la servante du Seigneur. « Comment ai-je ce bonheur que la mère du Seigneur vienne jusqu’à moi ? », s’écrie Élisabeth. Celle qui a dit le « me voici » le plus pur et le plus parfait qui se puisse concevoir, vient à notre rencontre, brûlée du désir de salut pour tous les hommes. L’évangile ne nous la présente pas comme un santon, attendrissant mais inerte. Marie se dépêche. Marie accourt. Elle connaît le temps de Dieu mais son désir est tel qu’elle semble, dans sa course, vouloir nous apporter l’Enfant avant l’heure.
Accueillons-la comme il se doit. La grâce qui nous est donnée au seuil de la fête de la Nativité est une effusion de l’Esprit Saint. « Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint » nous dit saint Luc. Accueillir Marie qui vient à nous, accueillir son fils qui ce soir se donne à nous, est faire nôtre sa disponibilité à l’Esprit, c'est-à-dire sa pureté de cœur. Utilisons cette dernière journée pour nous centrer sur l’essentiel, pour chercher l’étoile qui brille dans nos nuits. Redécouvrons au fond de nous-mêmes la vie qui se donne perpétuellement à nous. Cette vie est notre joie. Elle est le don ineffable que nous avons reçu au jour de notre baptême. Le Père, le Fils et le Saint-Esprit. La Sainte Trinité est le sens et le terme de nos propres vies. Car le désir de Marie qui accourt vers nous est de nous apprendre à enfanter Dieu dans nos vies. À ouvrir les yeux de nos cœurs sur la gloire qui nous est donnée. À entrer dans l’exultation d’Élisabeth dont les yeux s’ouvrent à la présence discrète du Dieu qui se fait proche, l’Emmanuel.
Alors nous entrerons dans la joie de Noël. Alors, comme Marie auprès d’Élisabeth, nous serons les relais de cette joie qui, de proche en proche, va embraser le monde entier.
Donne-nous Seigneur un cœur sensible à ta présence dans nos vies. Renouvelle-nous dans le don de ton Esprit. Que par notre présence simple et joyeuse, come Marie auprès d’Élisabeth, nous soyons des témoins de ton amour pour, ce soir, l’ensemble de ton troupeau accoure auprès de toi, notre berger, notre Seigneur, notre Dieu.
Frère Dominique
http://www.homelies.fr/homelie,4e.dimanche.de.l/.avent,2638.html
Homélie
Les textes scripturaires d’aujourd’hui nous mettent en contact avec une partie des acteurs et du décor qui ont figuré dans le drame de la naissance du Messie. Si nous examinons la situation, nous serions presque tentés d’observer — ce qui serait un blasphème — que Dieu ne s’est sûrement pas donné beaucoup de peine pour trouver une bonne maison pour son Fils. Mais cette idée serait incorrecte et superficielle. Dieu a consacré beaucoup de temps et d’énergie à faire son choix ; la différence, c’est qu’il ne recherchait pas ce qui, à nous, nous paraîtrait important. Et c’est ainsi que nous entendons parler de cette petite ville endormie de Bethléem. De pauvres juifs opprimés ont fourni la race, cependant qu’un humble charpentier et son épouse devaient donner une maison au Fils de Dieu. Le faire-part de naissance invitait des bergers, ignorants et sales, à une réception, pour apporter des cadeaux au nouveau-né.
Si nous entendons aujourd’hui le récit de ces détails, ce n’est pas que l’on nous rappelle une fois de plus des circonstances qui nous sont aussi familières que celles de notre propre naissance, peut-être davantage. Les faits nous sont rappelés pour souligner un point que nous avons tendance à oublier ou à négliger : Dieu a délibérément choisi le temps, le lieu et les personnes pour la naissance de son Fils. Pauvreté et petitesse n’étaient ni un accident ni un malheureux concours de circonstances. Non, Dieu avait ce plan en vue de toute éternité pour illustrer l’amour qu’il a pour nous et la confiance qu’il met en priorité en ceux qui en ont le moins, sans doute parce que ce sont eux qui l’aiment et lui font confiance plus que tous les autres.
Tout au long de l’histoire du salut, ce sont des pauvres et des humbles — comme Abraham et Ruth, ainsi que la plupart des prophètes — qui ont fait avancer le plan divin pour la Rédemption de l’homme. S’ils étaient tellement précieux et indispensables, c’est qu’ils avaient une inébranlable confiance en Dieu. Il est bien possible que ce soit cette vertu de confiance qui explique pourquoi Noël a plus d’importance pour les enfants que pour les adultes. À l’époque de Jésus, les cyniques et les blasés n’ont rien compris au Messie parce qu’ils étaient trop sûrs d’avoir tout compris, alors que les croyants sincères et simples, récoltaient une riche moisson. Comme Marie, ils étaient persuadés que la Parole annoncée par le Seigneur s’accomplirait.
Pendant les jours qui restent du temps de l’Avent, l’Église voudrait nous voir pratiquer avec ferveur les vertus de confiance, d’ouverture aux autres et d’adhésion à la volonté ainsi qu’au plan de Dieu. Marie s’était si bien préparée pendant ce premier Avent, qu’Élisabeth sut presque instinctivement que le Seigneur était avec elle. Notre Avent a-t-il été tel que les autres verront le Christ en nous à Noël ?
Méditation
Nous vivons un temps dans lequel se prépare une époque nouvelle et le Christ doit y naître. Nous sommes donc aujourd’hui en Avent, temps profondément marial. L’évangile nous montre comment Marie, la première, annonça aux autres la Bonne Nouvelle de la venue du Royaume de Dieu en Jésus. En rendant visite à Élisabeth, elle se révèle être la première évangélisatrice de l’histoire, la première messagère du Christ. Elle a évangélisé, implicitement, lors de son service à sa cousine Élisabeth. Et elle a aussi évangélisé, explicitement, en apportant le Christ à la famille de Zacharie.
La rencontre entre Marie et sa cousine Élisabeth a ainsi été le premier événement ecclésial. L’Esprit ne rencontre pas d’obstacles en ces femmes pleines de foi et œuvre donc pleinement en elles. Cette première rencontre a lieu dans un climat de fête et de joie devant la miséricorde et la fidélité du Dieu de l’Alliance. L’instrument privilégié de l’Esprit, c’est Marie, première messagère de l’évangile incarné. Non seulement il a agi en elle au moment de l’Incarnation, mais il continue à le faire en elle, à travers tous les moments de l’histoire de l’Église. Là où se trouve Marie, l’Esprit est présent, apportant le salut et construisant la famille de Dieu ; faisant de chaque rencontre ecclésiale une communion dans le Christ.
Invitons-la toujours à nous rendre visite, comme elle a rendu visite à sa cousine Élisabeth, et à nous apporter l’Esprit du Christ. Et que cet Esprit inonde nos familles, nos lieux de travail, tout notre monde. Que Dieu nous offre cet Esprit qui inonda Élisabeth, pour que nous puissions reconnaître en Marie celle qui apporte le Christ à notre temps.